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Microplastiques détectés dans le sang et les poumons humains : quels impacts sur la santé ?

Dans les années 1950, la production mondiale de plastique atteignait environ 1,5 million de tonnes par an. En 2017, elle a explosé à plus de 300 millions de tonnes. Apprécié pour sa polyvalence et sa durabilité, le plastique est omniprésent dans les emballages alimentaires, les produits d'entretien, les véhicules et la construction. Pourtant, son usage massif pose un problème majeur de pollution planétaire.

Les plastiques ne se décomposent jamais totalement et se fragmentent en microplastiques, des particules inférieures à 5 millimètres. Transportés par l'air, accumulés dans les océans ou intégrés à la chaîne alimentaire, ils sont ubiquitaires. L'exposition humaine est donc inévitable, mais ses effets sur la santé restent à élucider.

Nouvelles études : microplastiques dans le sang et les poumons humains

Nous savions déjà que les microplastiques pouvaient être ingérés et traverser le système digestif. Mais deux études de 2022, publiées dans Environment International et Science of the Total Environment, ont détecté pour la première fois des microplastiques dans le sang humain et les tissus pulmonaires vivants.

L'étude sur le sang a révélé une concentration moyenne de 1,6 µg/mL de particules plastiques. Celle sur les poumons en a trouvé dans toutes les régions analysées. Les deux ont identifié du polyéthylène téréphtalate (PET), plastique courant des bouteilles.

« Jusqu'à récemment, on pensait que les microplastiques ingérés passaient inoffensivement dans les selles », explique Fay Couceiro, experte en biogéochimie et pollution à l'Université de Portsmouth. « Mais les technologies avancées nous permettent désormais de détecter des particules plus petites, capables de pénétrer les tissus et le sang. »

La présence de microplastiques dans les poumons n'étonne pas Mark E. Hahn, de la Woods Hole Oceanographic Institution : l'air intérieur en est saturé. Une étude de 2021 dans le Journal of Hazardous Materials l'avait déjà montré via des autopsies.

Ces découvertes informent sur la taille et la localisation des particules, essentielles pour évaluer les risques sanitaires, note Hahn. Couceiro insiste : « Il faut identifier types, quantités et tailles pour tester les impacts sur vaisseaux sanguins ou organes. »

Effets des microplastiques sur la santé : incertitudes persistantes

Polluant émergent, les microplastiques défient encore les méthodes d'analyse. Leurs effets toxiques et seuils d'exposition restent méconnus, surtout pour les nanoplastiques (< 10 µm).

Des concentrations élevées provoquent inflammation pulmonaire, symptômes asthmatiques et lésions tissulaires, indique Couceiro. Dans l'intestin, ils altèrent le microbiote. Une étude de 2021 dans Environmental Science & Technology lie des niveaux fécaux plus hauts aux MICI, mais la causalité reste à prouver.

Pire, ils absorbent toxines environnementales (TrOC) et additifs plastiques, dont perturbateurs endocriniens favorisant infertilité, diabète ou cancers. « Urgence absolue d'évaluer ces risques », alerte Couceiro.

Réduire l'exposition aux microplastiques

Malgré les incertitudes, mieux vaut limiter les contacts. Voies principales : ingestion et inhalation, précise Hahn.

Évitez plastiques au micro-ondes, emballages alimentaires et produits cosmétiques microplastiques. Coupez moins les emballages plastiques. Passez plus de temps dehors et ventilez, car l'air intérieur est plus chargé (90 % de notre temps y est passé).

Optez pour fibres naturelles, aspirez régulièrement. À plus grande échelle, fabricants et politiques doivent réduire la production plastique. « Seule solution : diminuer drastiquement son usage », conclut Couceiro.

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