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Homéopathie et paludisme : enquête choc sur des prescriptions dangereuses pour les voyageurs

Renoncer aux antipaludéens classiques pour un voyage en Afrique peut être fatal. Pourtant, des homéopathes en Flandre et aux Pays-Bas prescrivent des alternatives inefficaces, comme le révèle notre enquête secrète.

« Je vais bientôt voyager dans une zone à risque de paludisme. Préférant éviter les médicaments classiques, je cherche une alternative homéopathique. » Posée à plusieurs homéopathes, cette question devrait recevoir une réponse claire : « Non, il n'en existe pas. » Au lieu de cela, divers remèdes ont été recommandés, exposant les voyageurs à un faux sentiment de sécurité face à une maladie potentiellement mortelle.

Qu'est-ce que l'homéopathie ?

L'homéopathie repose sur des solutions ultra-diluées de substances animales, végétales ou minérales, agitées vigoureusement (processus de « potentialisation »). Partant d'une teinture mère, les dilutions successives transfèrent soi-disant la « puissance » au solvant. Plus la dilution est élevée, plus le remède est censé être puissant.

Le degré de dilution est indiqué, comme « Chininum arsenicosum D6 » (six dilutions décimales : 1 partie pour 9 d'eau, répétée). À D10, c'est une goutte dans une piscine ; à D1000, aucune molécule active n'est probable. D'autres notations existent, comme 30K (30 dilutions centésimales).

Le principe de similitude est clé : traiter une maladie par une substance provoquant des symptômes similaires chez un sujet sain. Fondée par Samuel Hahnemann fin XVIIIe siècle.

Sonnerie d'alarme ignorée

Pour cette enquête, une volontaire (« Sofie ») a contacté homéopathes en Flandre et aux Pays-Bas, simulant un voyage au Kenya et en Tanzanie.

« Il est presque criminel de laisser un patient sans protection efficace partir en zone palustre. »

Les cliniques de voyage recommandent atovaquone/proguanil (Malarone), doxycycline ou méfloquine (Lariam), malgré des effets secondaires comme nausées ou insomnie.

En 2006, une enquête BBC/Sense About Science avait déjà alerté. Pourtant, un homéopathe cite ce « scandale » avant de recommander des remèdes à « bonne réputation » et le livre Homéopathie pour le voyageur du monde. Il évoque aussi un hôpital homéopathique en Afrique traitant paludisme et SIDA avec « excellents résultats » (Jeremy Sherr).

« Que mangeriez-vous le dernier jour de votre vie ? »

Un second homéopathe prescrit une « cure de protection énergétique » : granules sous la langue, loin des appareils électriques. Aucune étude scientifique, mais « rares cas » sur 15 ans.

Remèdes recommandés :

  • Nosode de paludisme (Malaria officinalis) : eau de marais, plantes en décomposition, œufs/larves de moustiques.
  • China sulfurica : composé soufré de quinine.
  • Chininum arsenicosum : arséniate de quinine.
  • Artemisia annua : source d'artémisinine (efficace en pharma, pas en dilution homo).
  • Térébenthine.
  • Atiste : plante indienne.

Un cabinet néerlandais propose des « granulés de biorésonance » aussi efficaces que les classiques. Un autre pose des questions personnelles pour un « remède oriental » utilisé en Inde.

Quatre des cinq homéopathes prescripteurs sont médecins diplômés. La protection anti-moustiques est peu mentionnée.

Quatre homéopathes sur cinq prescrivant des alternatives sont médecins formés classiquement.

Trois autres refusent : pas d'alternative sûre. L'Unio Homeopathica Belgica voit l'homéopathie comme complément, sans tolérer les risques.

Roulette russe

« Très frappant et presque criminel », dixit Pr. Dirk Devroey (VUB). Pr. Steven Callens (UGent) : anecdotes vs. stats (risque faible en zones touristiques, mais fatal pour P. falciparum).

ITM : 272 cas importés en 2015 (sous-estimés), 90 % Afrique. Efficacité pharma : 95-100 % si bien suivi (Pr. Joannes Clerinx, ITM). Cas publiés de voyageurs hospitalisés après alternatives (J Travel Med, BMJ).

KCE : aucune preuve d'efficacité homo vs. placebo pour nombreuses pathologies.

Suicide collectif

340 homéopathes en Belgique (¾ médecins). Statut spécial : pas de preuve d'efficacité requise, étiquette « sans indications approuvées ». SKEPP critique ce laxisme (Wim Betz) ; overdoses inoffensives prouvent dilutions extrêmes.

Remboursements mutuelles : mauvais signal. Scientifiques plaident pour régulation stricte. L'adage « si ça n'aide pas, ça ne nuit pas » est faux quand ça remplace un traitement vital.

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