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Les derniers mots d'Oliver Sacks : un témoignage émouvant d'un pionnier de la neurologie

Le neurologue et psychiatre britannique Oliver Sacks, décédé le 30 août 2015 à l'âge de 82 ans, offre un aperçu fascinant de sa vie et de son œuvre dans son autobiographie Sur la route.

Les derniers mots d Oliver Sacks : un témoignage émouvant d un pionnier de la neurologie

"Ma chance est passée. Je suis face à face avec la mort", écrivait Oliver Sacks dans The New York Times le 19 février 2015. Une tumeur à l'œil droit s'était propagée à son foie.

Professeur de neurologie à l'Université de New York et professeur invité à l'Université de Warwick, Oliver Sacks était mondialement reconnu pour ses ouvrages explorant le versant humain des anomalies cérébrales. Son livre le plus célèbre, Awakenings (traduit en français sous le titre Réveils, 1973), relate les expériences d'un médecin testant un nouveau médicament sur des patients atteints d'encéphalite léthargique. Cette œuvre a inspiré deux adaptations cinématographiques.

Publiée peu avant l'été 2015 en néerlandais, son autobiographie On the Move: A Life (Sur la route) a été saluée dans la revue Eos.

Sur la route est une lecture incontournable. Malgré quelques passages détaillés sur ses luttes personnelles – sa difficulté à assumer son homosexualité dans le Londres des années 1950, sa dépendance aux drogues et sa passion pour la moto –, ce récit captivant dévoile les coulisses de ses livres emblématiques qui l'ont propulsé sur la scène internationale.

L'une de ses œuvres phares, Réveils, raconte l'histoire des survivants de la pandémie d'encéphalite léthargique des années 1920. Atteints d'un syndrome étrange où leur conscience semblait figée, ces patients restaient immobiles. Comme dans un roman, Sacks décrit sa première rencontre avec eux, l'administration du L-Dopa et les réveils spectaculaires qui s'ensuivirent. "La DEA exigeait des formulaires standardisés, mais la complexité neurologique et humaine dépassait toute case. J'ai filmé avec une Super 8 pour capturer cet événement unique."

Conteur hors pair, Sacks rejetait le style aride de ses pairs. Cela lui valut l'admiration de la presse et des écrivains, mais l'indifférence des scientifiques, qui jugeaient ses récits trop accessibles pour être crédibles. "Populaire, je n'étais pas pris au sérieux."

Une empathie exceptionnelle

Sacks se concentrait sur l'humain derrière les troubles neurologiques et dénonçait les traitements inhumains. Il évoquait les autistes soumis à des punitions : "enfermés, affamés, ligotés." Sa critique lui valut des accusations d'abus et un licenciement immédiat.

Son empathie découlait de ses expériences personnelles : migraines enfantines, frère psychotique, usage de narcotiques. Certains cas, comme l'étudiant hyperosmic dans L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau, étaient autobiographiques.

Impressionné par l'empathie de Robert De Niro pour Awakenings, Sacks relate : "De Niro imita si parfaitement les réflexes posturaux qu'il me fit paniquer un instant."

Face à sa propre tumeur, Sacks y vit un "domaine de recherche passionnant", transformant l'effroi en exploration.

Oliver Sacks, Sur la route, De Bezige Bij, 29,90 euros


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