FRFAM.COM >> Science >> Santé

La norme de 1,5 mètre : impacts psychologiques sur les aînés et défis pour les psychologues en temps de Covid-19

La mère d’un ancien ami est décédée récemment. Atteinte de démence, elle résidait en maison de retraite néerlandaise. À partir du 19 mars 2020, comme tous les résidents des EHPAD, elle n’a plus reçu de visites en raison de la pandémie de coronavirus. Soupçonnée de Covid-19, la famille lui a dit adieu vêtue de combinaisons protectrices rappelant des costumes lunaires. Cela a-t-il accru son anxiété dans ses derniers instants ? Impossible à dire. Il s’est avéré qu’elle n’était pas infectée. « L’adieu fut étrange et intense, a relaté la famille. Cela aurait pu être différent, mais il n’en fut rien. »

Récemment, de nombreux témoignages poignants mettent en lumière les souffrances des personnes âgées : peur palpable, dépression, solitude et désespoir. Le Covid-19 s’avère avant tout un virus socialement destructeur. Les plus de 70 ans sont les plus vulnérables statistiquement. L’isolement social reste la mesure clé pour protéger les résidents des maisons de retraite et EHPAD ; pour les seniors autonomes, un maximum d’abstinence sociale est recommandé.

Le système immunitaire des aînés subit-il un affaiblissement supplémentaire dû à la perte de contacts sociaux ? Des études en psycho-neuro-immunologie montrent que la détresse psychologique et le stress élevé altèrent le nombre de globules blancs et les niveaux hormonaux, affaiblissant potentiellement la santé physique, selon Mattias Desmet, professeur de psychologie clinique à l’Université de Gand, dans De Morgen (8 avril).

L’amour parental se manifeste aujourd’hui en renonçant au contact physique

C’est paradoxal : montrer son amour parental implique désormais d’éviter tout contact physique. Pas de poignées de main, pas de baisers, pas de câlins, pas d’arrière-petits-enfants. L’humanité se résume à maintenir une distance de sécurité, en péchant par excès de prudence. L’intimité et son expression sont profondément affectées par la peur omniprésente du coronavirus. Comme l’explique Desmet : « L’être humain est une fleur qui ne s’épanouit que dans l’ombre occasionnelle de l’intimité ; ce risque pourrait être vu rétrospectivement comme un sacrifice à la ‘civilité’. »

La distance de 1,5 mètre est devenue la nouvelle norme. Physiquement proche des autres, je redoute pour ma vie sociale dans les transports bondés aux heures de pointe. Politiciens et médias évoquent une « économie à 1,5 mètre » et une « société à 1,5 mètre ». Le concept de « psychologie à 1,5 mètre » reste à inventer. Les psychologues devront se préparer, affirment certains : un « tsunami de troubles psychologiques » post-Covid est attendu. Pourtant, les chiffres montrent une chute de près de 75 % des orientations en santé mentale.

Travailler en ligne est désormais la norme pour de nombreux psychologues. Cela surprend Stef Joos, psychologue clinicien et thérapeute systémique en psychiatrie de longue durée. Dans une opinion sur VRT NWS, il critique cette directive, suggérant que les mesures générales ne suffisent pas en soins, ou que les psychologues doivent être plus prudents que les aides à domicile, souvent sans protection.

« Incarner un message rassurant est ardu derrière un écran sécurisé », note Joos. « Rassurer par sa présence calme est entravé : 80 % des patients, selon une enquête informelle, arrêtent ou reportent les thérapies en ligne. Nous laissons les gens dans le froid alors que le chaos règne dehors. »

Ne sous-estimez pas la résilience des gens : beaucoup s’étonneront eux-mêmes et décevront les prophètes de malheur

Joos doute des initiatives comme les thérapies gratuites en ligne ou modules auto-assistance. L’aide psychologique gratuite par les soignants de première ligne manque de crédibilité, offerte par des psychologues « bunkerisés » en téléconsultation. Cela aide parfois, mais « ne devrions-nous pas miser sur leur résilience ? Leur laisser espace et temps pour trouver leur propre soutien dans cette période difficile ? »

Les psychologues ne détiennent pas le monopole de la sagesse. Ne sous-estimez pas la résilience humaine : le Covid touche tous collectivement, une première pour chacun, rendant la période difficile mais partagée. Chacun trouvera son modus vivendi.

« La psychologie est faite d’énoncés de personnes à propos de personnes », écrivait Bert Duijker (1912-1983), professeur à Amsterdam, dans Psychopolis (1980). Les psychologues ne peuvent ignorer leur humanité, sujets aux préjugés comme tous. La psychologie reste une entreprise risquée, sans issue prédéterminée.

La pratique psychologique ne dérogera pas sous la norme de 1,5 mètre.


[]