Outre les photographes de guerre et les cinéastes, de nombreux écrivains et poètes ont documenté l'horreur de la Première Guerre mondiale (1914-1918), parfois en tant que témoins directs depuis les tranchées.

La Grande Guerre met brutalement fin à la quiétude de la Belle Époque, période de prospérité pour la bourgeoisie européenne de 1870 à 1914. Même le mouvement socialiste, partisan de la solidarité ouvrière internationale, succombe à l'euphorie nationaliste de l'été 1914.
Les grandes puissances européennes, l'Allemagne en tête, sont lourdement armées. Pourtant, personne n'anticipe une guerre de tranchées mécanisée et interminable. Beaucoup imaginent un conflit court, comme aux XVIIIe siècle. Nul n'est préparé à la souffrance et à la mort à l'échelle industrielle, ni aux traumatismes durables qui transforment les survivants et l'Europe entière – cartes redessinées, nouveaux États, mais surtout esprits brisés.
Les écrivains figurent parmi les principaux témoins de cette « grande guerre ». En Flandre, Paul van Ostaijen (1896-1928) évoque le siège d'Anvers en 1914 et l'atmosphère oppressante de l'occupation dans Bezette Stad, notamment avec le poème célèbre « BOEM-paukeslag ». Trop jeune pour le front, son séjour à Berlin (1918-1921) lui inspire une vision des horreurs passées, contrastant avec ses rêves antérieurs de solidarité transnationale dans Het Sienjaal (1918).
Flamingantisme
Van Ostaijen influence durablement la poésie flamande. Mais d'autres poètes sont marqués plus profondément. René De Clercq (1877-1932), réfugié aux Pays-Bas, passe du patriotisme (La lourde couronne, 1915) à l'activisme pro-allemand, condamné à mort par contumace en 1920.
L'armée belge sur l'Yser compte de nombreux soldats flamands talentueux en littérature.
Ces soldats, confrontés à des conditions inimaginables, ne publient leurs récits qu'au début des années 1920, peinant à trouver une forme adaptée à leurs expériences inédites.
August Van Cauwelaert (1885-1945), flamingant modéré, signe l'un des meilleurs recueils de poésie de guerre flamande avec Songs of Dreams and Acts (1918). Jozef Simons (1888-1948) dépeint l'idéalisme flamand sur l'Yser dans le roman populaire Eer Vlaanderen périt. Frans Smits (1891-1968) offre une vision réaliste des hôpitaux dans La Maison des douleurs (1920). Ernest Claes et Filip de Pillecyn écrivent aussi des récits de guerre.
La littérature flamande de l'entre-deux-guerres (1918-1940) est dominée par le mouvement flamand, le catholicisme et l'innovation, reléguant parfois les horreurs réelles au second plan. Lode Baekelmans (1879-1965) explore la peur et l'opportunisme en Belgique occupée dans Mister Snepvangers (1918) et Carabas (1950).

France
En France, Henri Barbusse (1873-1935), décoré pour bravoure, publie Le Feu (1916), roman terrifiant et lyrique couronné du prix Goncourt. Fondateur du mouvement Clarté avec Romain Rolland, il embrasse ensuite le communisme. Émile Zola avait déjà dénoncé le militarisme dans La Débâcle (1892) sur la guerre de 1870.
Grande-Bretagne
Les poètes britanniques du front – souvent officiers – sont si nombreux qu'on parle de « war poets ». Wilfred Owen meurt au combat ; Siegfried Sassoon (1886-1967) et Robert Graves (1895-1985) survivent. Graves relate ses expériences dans Farewell to All That. Le célèbre « In Flanders Fields » est de John McCrae (1872-1918), médecin canadien. Ford Madox Ford (1873-1939) intègre la guerre dans son modernisme modéré, notamment dans Parade's End (années 1920), adapté en série TV par la BBC et la VRT en 2013.

Allemagne
Erich Maria Remarque (1898-1970) brise les mythes avec À l'Ouest, rien de nouveau (1929), basé sur ses souvenirs. Vendu à des millions d'exemplaires, le livre est brûlé par les nazis en 1933 ; Remarque s'exile.
Journées effrayantes
Aux Pays-Bas neutres, Bange Dagen (1916) de M. Van der Staal relate le siège d'Anvers avec action et réalisme historique.
Les mythes brisés
En Flandre, des ouvrages comme Flamenpolitik en Aktivisme (Lode Wils, 1974) et La Grande Guerre (Sophie De Schaepdrijver, 2013) dissipent les mythes. Le musée In Flanders Fields à Ypres ravive l'intérêt. Romans contemporains : Post for Mrs Bromley (Stefan Brijs, 2011) et Guerre et térébenthine (Stefan Hertmans, 2013).
Cet article a déjà été publié dans Eos Memo (N°9, mars 2013). Commandez d'anciens numéros d'Eos, Memo et Psyche&Brein (numériquement) via notre application iPad et Android.
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