À la suite des journées de collecte d'Europeana 1914-1918, des objets familiaux exceptionnels de la Première Guerre mondiale refont surface à travers le pays. Les récits qui les accompagnent rappellent que la Grande Guerre reste profondément ancrée dans la mémoire collective.
Argent, sang et chocolat
Pendant la Première Guerre mondiale, Robertine Delplace et sa sœur tenaient une boutique dans la maison familiale à Vlamertinge, près d'Ypres, juste derrière le front. Elles vendaient divers articles aux soldats – savon, peignes, bougies, chocolat. Le jeudi 25 mars 1915, le drame frappe : alors que deux soldats français réglaient leurs achats, un obus traverse le toit. Robertine et sa sœur, abritées derrière le comptoir solide, survivent à l'explosion.
Robertine est blessée : des éclats d'obus s'incrustent derrière son oreille et y resteront toute sa vie. Nicolas Frölinger et Lucien Ligneul, les deux Français, n'ont pas cette chance. Frölinger meurt sur place, Ligneul succombe le lendemain à l'hôpital de campagne. Le billet qu'ils avaient posé sur le comptoir porte encore les traces de sang. Conservé par la famille de Robertine, il témoigne de ce jour tragique.
Après l'attaque, la façade de la maison est sommairement étayée, mais la famille la quitte bientôt. Ils trouvent refuge chez des parents en Belgique, puis fuient en France à Fresnay-sur-Sarthe.
À la fin de la guerre, leur maison est en ruines, comme tant d'autres à Ypres. Logés en casernes en attendant la reconstruction, ils patientent. Près d'un siècle plus tard, la boucle se boucle : l'arrière-petite-fille de Robertine, Els, habite désormais la maison reconstruite à Vlamertinge. Des rénovations récentes ont révélé une fosse comblée de débris et de cendres : l'impact de l'obus.
La valise d'Albéric
Albéric Ranson, né le 16 janvier 1891 à Aarsele en Flandre-Occidentale, est enrôlé en 1911. Remis en service en 1914, il sert quatre ans comme artilleur au front. Jamais blessé, il souffre cependant d'attaques au gaz toxique, dont les effets le poursuivront. La solitude est son plus dur fardeau. Après 13 mois, il reçoit une lettre de sa famille et répond avec émotion :
« Maintenant, très chère sœur, je laisse ma lettre avec mon portrait, et je reste ici à l'Yser. Oui, on peut bien dire l'Yser, car toute sa circonférence est entrelacée et jonchée de fer, et quand il faut s'y rendre la nuit, on tombe souvent dans les fosses des coquilles et on ressort avec un kazak mouillé... Mais le pire pour nous, c'est que nous serons de nouveau à la porte avec l'hiver et cela me rend anxieux. Ici c'est tellement sale de boue et triste, nous sommes comme enfermés sur une île, vous ne pouvez pas croire à quel point c'est triste pour nous. Je ne peux pas vous l'écrire » (8.11.1915).
Il garde cette lettre dans l'un de ses deux porte-feuilles cousus main, avec cartes, photos et correspondances.
Démobilisé en 1919 après sept ans de service, il se marie en 1923 et a un fils, Lucien. Avant sa mort, il confie ses souvenirs à Lucien : porte-feuilles, diplômes, décorations, plaque d'identité. Après Lucien, la famille les préserve. Les petits-enfants de Lucien les ont donnés au musée In Flanders Fields.
Europeana 1914-1918
Europeana est la bibliothèque, les archives et le musée numériques de l'Europe. Le projet Europeana 1914-1918 préserve les histoires et relie les générations. Plus de 50 000 objets, documents, photos et témoignages ont été collectés lors de 25 roadshows dans l'UE.
En Flandre, des journées de collecte se poursuivent jusqu'au printemps 2014. Journaux intimes, cartes manuscrites, portraits, croquis et photos illustrant la vie au front et à l'arrière sont à découvrir sur www.europeana1914-1918.eu.