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Le sport comme alternative pacifique à la guerre : une idée historique et ses débats scientifiques

Les hauts et les bas émotionnels intenses du sport évoquent souvent des parallèles avec la guerre.

Depuis l'essor des médias de masse après la Seconde Guerre mondiale, l'intérêt pour les événements sportifs internationaux, comme les Jeux olympiques, a explosé. Des millions de personnes vibrent d'euphorie ou sombrent dans la misère lors des victoires ou défaites de leurs compatriotes. Nous ressentons un sentiment puissant d'unité quand notre équipe nationale marque un but ou remporte une médaille. Ces émotions extrêmes rappellent une autre activité humaine intense : la guerre.

Le sport comme alternative pacifique à la guerre : une idée historique et ses débats scientifiques

Fuite ou combat

L'Américain Walter B. Cannon, pionnier de la physiologie, a introduit le concept de « fuite ou combat », décrivant les réactions corporelles au stress intense. En avril 1915, alors que les journaux relayaient les horreurs de la guerre en Europe, Cannon publiait Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage. Ses idées ont révolutionné la compréhension des liens entre émotions et physiologie. Le dernier chapitre appelle à remplacer la guerre par des compétitions sportives comme les Jeux olympiques.

À l'époque, influencés par Freud, la plupart des scientifiques voyaient l'agressivité comme une pulsion instinctive à évacuer. Cannon considérait la violence et la guerre comme ancrées dans la nature humaine masculine, rendant le pacifisme illusoire. Il rejoignait la vision victorienne : la guerre forge bravoure, patriotisme, discipline et masculinité chez les jeunes hommes. Sans guerre, ils risquaient de devenir mous et efféminés.

Remplacer la guerre

« Dans le sport, selon Cannon, les hommes éprouvent les mêmes réactions physiologiques – combat ou fuite – qu'à la guerre »

Malgré cela, Cannon rejetait la guerre : sacrifier les meilleurs jeunes pour une machine destructrice est absurde. Les armes modernes la rendaient impersonnelle, ne forgeant plus les vertus physiques valorisées. Elle n'offrait plus d'exutoire adéquat à l'agressivité. Cannon proposait le sport comme substitut : un espace pour libérer l'agression naturelle tout en développant les qualités admirées par la société. Contrairement à la guerre, il évite la mort, au bénéfice de tous.

Idée olympique

Pierre de Coubertin (1863-1937) liait développement physique, caractère et guerre. Huit ans lors de la défaite française contre la Prusse (1870-1871), il blâmait l'éducation trop intellectuelle. Ses efforts pour plus d'éducation physique échouèrent, mais pas sa relance des Jeux olympiques.

De 1870 à 1940, l'Europe enchaîna les conflits ; les deux guerres mondiales firent plus de 70 millions de morts. Depuis 1945, une paix inédite règne, malgré des conflits locaux mineurs. Cette ère coïncide avec l'essor des grands événements sportifs comme les JO et les championnats de football. Lien causal ou coïncidence historique ?

Erreur freudienne

De nombreux scientifiques doutent que le sport ait contribué à cette paix européenne via une catharsis des passions nationales. « Cette idée repose sur l'hypothèse freudienne dépassée d'une agressivité comme pression à libérer », explique Frans de Waal, primatologue renommé. Le sport active les sentiments de groupe/intrus, mais sans preuve de réduction de violence.

John Horgan (The End of War) note l'absence de preuves : certains, comme Konrad Lorenz, y voient une catharsis anti-guerre ; d'autres, une bellicisme accru dans les sociétés sportives.

Objectifs plus élevés

« Voir le sport comme sublimation d'instincts dangereux est freudien et erroné », dit Andreas de Block, philosophe à la KU Leuven. L'idée d'une énergie instinctive fixe à décharger est fausse. Le sport peut même renforcer les instincts tribaux. Trotsky le voyait détourner la compétition de l'économie, mais c'est inexact.

« Les événements sportifs favorisent peut-être la fraternisation, mais la compétition n'assure pas la paix. Les JO pacifieraient malgré, non grâce, à leurs épreuves », ajoute De Block.

Le sport comme alternative pacifique à la guerre : une idée historique et ses débats scientifiques
« Je suis très sceptique quant à l'idée que la concurrence contribue à des relations plus pacifiques »

Le football pour les coquins de la rue

Robert Trivers (Wild Life) pense que les règles communes dans les compétitions internationales favorisent l'admiration mutuelle, hypothétiquement propice à la paix.

Steve Taylor décrit comment le football du XIXe siècle a canalisé la violence des gangs britanniques (Manchester, Birmingham, Glasgow) vers le sport organisé, réduisant drastiquement les rixes. Au niveau international, le sport offre une excitation substitutive à la guerre.

Aucune preuve empirique

Steven Pinker (The Better Angels of Our Nature) documente la baisse globale de violence, attribuée à États, commerce, cosmopolitisme et rationalité. Le sport ? « Sans données empiriques liant sport et paix, je reste sceptique. » Jacques Rogge (ex-CIO) : « Le sport ne maintient pas seul la paix, mais y contribue vitalement. »

Trêve olympique

Les anciens Grecs observaient l'ekecheiria pendant les JO, suspendant les guerres pour safe travel à Olympie. L'ONU (résolution 48/11, 1993) appelle à une trêve de 15 jours autour des JO modernes, sans application notable.

« La résolution 48/11 de l'ONU appelle toutes les nations à cesser les hostilités sept jours avant et après les Jeux »
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