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La stratégie de la folie en politique : une arme efficace à court terme ?

Si je vous demandais de décrire un bon leader politique, quels termes emploieriez-vous ? Visionnaire ? Intègre ? Rationnel ? Audacieux ? Erreur : ces clichés issus des manuels de management ne résistent pas à l'examen de la réalité. Les dirigeants les plus influents, faits de chair et de sang, se révèlent souvent impulsifs, irrationnels et imprévisibles.

Quels traits observez-vous chez Donald Trump, Boris Johnson, Vladimir Poutine ou Kim Jong-un ?

Je ne prétends pas que ces leaders sont dépourvus d'intelligence ; ils pourraient même simuler la folie. Cette apparence d'irrationalité confère un avantage politique décisif : elle dissuade les adversaires de les défier. Contrairement aux leaders rationnels, prévisibles car ils pèsent systématiquement les pour et les contre, le dirigeant imprévisible inspire la crainte.

Un leader rationnel n'engage pas une guerre pour un simple désaccord commercial. Un dirigeant perçu comme imprévisible, si. Richard Nixon a confessé avoir recours à cette "stratégie du fou" (Madman Theory) face aux communistes. Il envoya même dix-huit bombardiers B-52 vers l'Union soviétique pour forcer une percée dans la guerre du Vietnam, sans succès toutefois.

Des politologues de la Penn State University ont évalué scientifiquement cette stratégie pour la première fois, en attribuant un score d'"irrationalité" aux dirigeants basé sur leur couverture médiatique. Donald Trump n'entre pas encore dans l'échantillon, faute de recul suffisant. Les "prix" reviennent à Saddam Hussein, Robert Mugabe et Mahmoud Ahmadinejad.

À long terme, la raison l'emporte

Les chercheurs montrent qu'un leader perçu comme fou est plus souvent impliqué dans des conflits (militaires ou diplomatiques) qu'un dirigeant rationnel. Si cela semble contre-intuitif, un conflit peut rapporter des gains, comme des concessions commerciales. À court terme, le fou gagne : face à une menace d'un leader rationnel, 57 % des nations ripostent ; contre un fou, seulement 43 % osent répondre, cédant souvent.

Mais sur la durée ? Non. Les leaders fous ont 66 % moins de chances de l'emporter. Ils excellent dans les provocations immédiates, mais leur pays n'en tire aucun bénéfice durable.

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