FRFAM.COM >> Science >> Santé

La myéline, clé de la mémoire à long terme : son rôle essentiel révélé par une étude sur les souris

Des recherches menées sur des souris démontrent qu'une augmentation de la myéline, cette couche isolante entourant les cellules cérébrales, est indispensable à la préservation durable des souvenirs de peur.

Image : IRM d'un cerveau humain. Les zones rouges indiquent la présence de myéline.

La plupart des souvenirs s'effacent en quelques jours ou semaines, tandis que d'autres perdurent des mois, des années, voire toute une vie. Comment certaines expériences marquent-elles si profondément notre système nerveux, malgré la grande plasticité de notre cerveau ? De récentes études apportent des éclaircissements précieux.

Des travaux antérieurs ont montré que les souris réagissent rapidement par la peur dans des situations menaçantes, comme la fameuse réponse de gel après un choc précédent. Une étude américaine révèle désormais qu'une augmentation de la myéline est cruciale pour maintenir cette réaction de peur sur le long terme. La myéline forme une gaine isolante autour des axones, les prolongements des cellules nerveuses.

Par exemple, la réponse de gel réapparaît chez les souris placées des semaines plus tard dans un contexte menaçant – une éternité pour elles. Cette myélinisation renforce la transmission neuronale de façon permanente, consolidant ainsi une mémoire de peur durable.

La myéline booste l'efficacité électrique du cerveau

Le cerveau est en perpétuelle activité : les neurones interconnectés échangent en continu des informations. Toutes nos expériences, y compris les plus effrayantes, modèlent les circuits neuronaux.

Les informations transitent via les synapses, zones hautement plastiques propices aux changements rapides et à l'apprentissage court terme. Cependant, cette malléabilité synaptique ne suffit pas à expliquer les souvenirs à long terme.

Tom Beckers, professeur de psychologie expérimentale à la KU Leuven et expert en plasticité cérébrale, explore les mécanismes de stockage des souvenirs durables. "La myélinisation semble jouer un rôle clé", affirme-t-il.

La myélinisation consiste en l'enroulement d'une couche de protéines et de lipides autour des axones, accélérant et optimisant la conduction nerveuse – à l'image d'une isolation de câble électrique.

« Chez les mammifères, la myélinisation principale survient peu après la naissance, note Beckers. Mais des indices récents montrent qu'elle peut s'intensifier sous l'effet des expériences, une découverte novatrice. »

Souris et souvenirs émotionnels à l'épreuve

Les chercheurs ont comparé trois groupes de souris : normales, génétiquement modifiées pour bloquer la production de nouvelle myéline, et traitées par médicaments pour la stimuler. Toutes ont appris à associer un contexte (comme une cage rouge) à un choc léger.

Chez les souris normales, l'entraînement a induit des modifications synaptiques et une augmentation de myéline. Pour confirmer son rôle, les scientifiques ont perturbé ou favorisé la myélinisation.

Les souris sans nouvelle myéline mémorisaient initialement, mais oubliaient le lien un mois plus tard. « La myélinisation n'est pas requise pour la formation initiale – les synapses suffisent –, mais essentielle au stockage à long terme », précise Beckers.

Celles stimulées pharmacologiquement préservaient mieux leurs souvenirs, les généralisant même à d'autres contextes comme une cage bleue.

Implications pour le stress post-traumatique

Ce mécanisme myélinique est universel chez les mammifères, y compris l'humain. « Les résultats s'appliquent probablement à notre cerveau », estime Beckers, prudent sur les thérapies : « Cela ouvre des pistes pour étudier le TSPT, sans applications immédiates. C'est un socle solide pour la recherche future. »

Les résultats sont publiés dans Nature Neuroscience.


[]