Les lésions cérébrales sont graves et souvent irréparables, causant des conséquences durables comme après une commotion sévère, une fracture crânienne, un AVC ou une anoxie à la naissance. Pourtant, certains scientifiques estiment que nous nous focalisons trop sur les pertes. Dans la dernière édition de la revue The Neuroscientist, ils plaident pour une nouvelle discipline : la neurologie positive, dédiée aux effets bénéfiques de ces lésions.

Les neurologues cliniciens se concentrent traditionnellement sur les déficits post-lésion, utiles pour comprendre les fonctions cérébrales. Cependant, comme l'explique le neuropsychologue Narinder Kapur, auteur de The Paradoxical Brain, le cerveau plastique peut exceller dans d'autres domaines après une blessure. Certaines lésions "paradoxales" génèrent même des gains nets.
Les personnes aveugles ou sourdes développent souvent une acuité accrue dans les autres sens. Les sourds excellent en langue des signes, lecture labiale, reconnaissance des émotions et mémorisation des visages. Les aveugles post-lésion détectent mieux les odeurs, se souviennent des mots, localisent les sons et sont plus musicaux : une étude américaine montre que 57 % des musiciens aveugles identifient les notes jouées, contre 18 % des voyants.
Dans des pathologies progressives comme la démence frontotemporale ou l'aphasie progressive, des talents artistiques émergent. Malgré les altérations conceptuelles et verbales, les patients produisent des œuvres vibrantes, complexes, avec motifs géométriques répétitifs, souvent dépourvus de symbolisme mais immersives.
"Sans minimiser les pertes réelles, il faut valoriser les changements positifs et adapter la rééducation aux forces du patient", insiste Kapur.

Chez les personnes âgées, des atouts compensent le déclin : meilleure gestion émotionnelle, décisions réfléchies, acquisition implicite des savoirs. Exemple : le pilote "miracle" de l'Hudson en 2009, âgé de 57 ans, illustre comment l'expérience prime en crise.
Des lésions compensent parfois d'autres : une négligence visuelle unilatérale peut s'équilibrer après un AVC contralateral. Des dommages thalamiens atténuent les tremblements parkinsoniens. L'amnésie post-traumatique réduit le risque de stress post-traumatique. Des lésions frontales ou amygdaliennes favorisent l'audace en urgence.
Après un accident, certains gagnent en sérénité et positivisme. La neurologie positive invite à exploiter ces forces pour une réadaptation optimale.

Reproduction d'une photo après 15 secondes chez patients amnésiques et témoins.

Les amnésiques reproduisent proportionnellement mieux ; les témoins sous-estiment l'espace.