Si vous ne vous souvenez pas comment vous êtes rentré chez vous après une soirée arrosée, vous avez probablement vécu un blackout. Que se passe-t-il dans le cerveau à ce moment-là ?
L'hippocampe joue un rôle clé dans la formation des souvenirs. De nombreuses études sur les animaux montrent que cette région cérébrale s'active lors de la création d'un nouveau souvenir. En cas de lésion, comme une hémorragie cérébrale, l'hippocampe perd sa fonction : les souvenirs existants persistent, mais il devient impossible d'en former de nouveaux.
Une fois l'information parvenue à l'hippocampe, des connexions neuronales s'activent via un processus appelé potentialisation à long terme (LTP), favorisant le stockage des souvenirs. La localisation exacte de ces mémoires reste méconnue ; chaque souvenir semble lié à un réseau neuronal spécifique.
Durant un blackout, l'hippocampe est temporairement inhibé, comme "éteint" pendant un certain temps. Le lendemain d'une soirée trop arrosée, des lacunes mémorielles apparaissent : vous pouvez oublier où vous avez garé votre vélo, par exemple.
Les recherches sur les blackouts alcooliques restent limitées. L'hippocampe inactif pourrait empêcher la création de nouveaux souvenirs, ou bien les former sans permettre leur récupération ultérieure.
Il existe aussi les grisages, où des fragments de souvenirs subsistent. Des indices peuvent alors aider à les raviver. Dans ce cas, les souvenirs sont créés mais nécessitent un effort pour être rappelés.
L'hippocampe est éteint pendant un moment et ne forme plus de nouveaux souvenirs.
Comme tout le monde ne réagit pas de la même façon à l'alcool, il est essentiel de connaître sa propre sensibilité. Identifier les quantités que vous tolérez aide à prévenir les blackouts. Les différences individuelles pourraient s'expliquer par une prédisposition génétique.
Cependant, le foie ne métabolise l'alcool qu'à un rythme fixe. Boire beaucoup d'un coup élève rapidement le taux d'alcool dans le sang à des niveaux toxiques. Répartir la consommation sur une plus longue période réduit ce risque.
Nous menons actuellement une grande étude sur les effets de l'alcool sur le cerveau, en particulier chez les adolescents. Si de nombreuses recherches portent sur les animaux ou les personnes âgées, les impacts chez les jeunes – comme les troubles de la mémoire – restent débattus : sont-ils causés par l'alcool ou révèlent-ils des anomalies préexistantes favorisant la consommation ?
Sabine Peters est chercheuse postdoctorale en neuropsychologie cognitive à l'université de Leiden. Elle étudie notamment les dommages cérébraux induits par l'alcool. La journaliste scientifique Anouk Bercht lui a posé cette question et a enregistré sa réponse.