FRFAM.COM >> Science >> Santé

Testostérone et équité sportive : le cas des athlètes féminines comme Semenya et Chand

Image : L'athlète Christine Mboma remporte la médaille d'argent au 200 mètres. Elle avait été suspendue du 400 mètres en raison de son taux naturel de testostérone élevé.

En février 2016, Dutee Chand est sacrée meilleure sprinteuse d'Inde. Aux Championnats d'Asie d'athlétisme en salle au Qatar, elle pulvérise le record des éliminatoires du 60 mètres en 7,28 secondes – un chrono inédit pour une compatriote. Peu après, elle devient la première femme indienne depuis des décennies à disputer le 100 mètres aux Jeux olympiques.

Un an plus tôt, son avenir semblait compromis. En 2014, après avoir brillé en juniors, elle reçoit un courrier de l'AFI, la Fédération indienne d'athlétisme. Soutenue par World Athletics, l'AFI l'exclut de toutes les compétitions féminines en raison de son hyperandrogénie : un taux de testostérone naturellement élevé. Aucune preuve de dopage n'est en cause, mais cet avantage physique présumé justifie la sanction.

Dutee Chand conteste la décision. Son hyperandrogénie ne la rend pas "plus masculine", argue-t-elle. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) lui donne raison en 2015 : World Athletics manque de preuves scientifiques solides pour justifier l'exclusion. Elle reprend la compétition.

World Athletics persiste et interdit désormais aux femmes hyperandrogynes les distances de 400 à 1 500 mètres. En 2019, le TAS valide cette règle, confirmée par la Cour suprême suisse en 2020. Les athlètes concernées doivent baisser leur testostérone via des inhibiteurs hormonaux ou concourir chez les hommes.

Chand, sprinteuse de courtes distances, échappe à la règle. Pas Mokgadi Caster Semenya, double championne olympique du 800 mètres. Héroïne sud-africaine, elle refuse les traitements et se rabat sur le 200 mètres à Tokyo, hors champ de la réglementation.

Cette décision de World Athletics alimente un débat sur l'équité et la discrimination. Au fil de l'histoire olympique, les critères de "femme" ont évolué. Exclure pour testostérone naturelle reste une forme légale de discrimination.

Chromosomes et hormones

En tant que chercheuse interdisciplinaire à l'intersection de la biologie et des études de genre, j'explore comment les catégories sociales "femme" et "homme" sont érigées en vérités biologiques. Le "sexe" désigne les caractéristiques biologiques, le "genre" les rôles sociaux et l'identité.

La plupart des hommes portent des chromosomes XY, développent des testicules produisant beaucoup de testostérone. Les femmes, XX, ont des ovaires et moins de testostérone. Mais des femmes XY avec anatomie féminine existent, illustrant la complexité intersexe et l'insuffisance du binaire.

Selon interAct, 1,7 % de la population est intersexe, souvent asymptomatique. Les athlètes d'élite féminines semblent surreprésenter les XY, selon le TAS.

Cela suggère un avantage, comme la taille au basket. La question : ces traits confèrent-ils un avantage systémique justifiant l'exclusion ?

Le sexe n'est pas binaire. Pourtant, les JO imposent des règles simplistes depuis les années 1960, disqualifiant des athlètes pour chromosomes (ex. : Ewa Kłobukowska, XY mais femme à tous égards). Les tests invasifs ont été abolis dans les années 1990, remplacés par des contrôles ciblés, focalisés aujourd'hui sur la testostérone.

De gros muscles et plus d'oxygène

Le dopage à la testostérone date des années 1950. Une étude de 1996 prouve son impact sur la masse et la force musculaires. La testostérone stimule les cellules musculaires, augmente l'hémoglobine (meilleur transport d'oxygène) et soutient la masse osseuse.

La science ignore encore les niveaux hormonaux "normaux" et la meilleure mesure.

Androgènes et œstrogènes sont liés : l'aromatase convertit la testostérone en œstrogène. Chez les femmes jeunes, testostérone : 0,5-3 nmol/L ; hommes : 10-40 nmol/L. Une étude récente plaide pour réviser les normes chez les athlètes d'élite.

Preuve douteuse

Les écarts de testostérone, le dopage et les records masculins (10 % supérieurs) suggèrent un avantage. Pourtant, en 2015, le TAS rejette cela pour Chand, faute de preuves directes sur les niveaux naturels.

En 2019, pour Semenya, une étude de Stéphane Bermon (World Athletics) montre un lien via des données d'élite. Mais des critiques révèlent des erreurs statistiques ; la version corrigée atténue les conclusions, voire les annule.

Plus de recherches s'imposent avant toute décision définitive.

Pas de dopage naturel

Les hormones sont complexes chez les intersexes. Le dopage booste les muscles, mais les niveaux naturels n'équivalent pas à un avantage automatique. L'étude Bermon montre des effets variables, voire négatifs dans certaines disciplines.

Les femmes hyperandrogynes : inhibiteurs hormonaux ou catégorie hommes.

Des études suédoises et australiennes nient ou inversent le lien. 17 % des hommes d'élite ont des taux bas.

L'environnement est important

Biologie et social s'entremêlent. La testostérone interagit avec l'environnement. Des études montrent des gains modestes physiques mais psychologiques majeurs (agressivité, confiance).

Les niveaux hormonaux réagissent aux victoires. Normes de genre influencent tout.

Testostérone et équité sportive : le cas des athlètes féminines comme Semenya et Chand

L'Indienne Dutee Chand (à gauche) aux Jeux asiatiques 2018. Interdite quelques années plus tôt des épreuves féminines.

Une compétition mixte ?

La testostérone compte, mais parmi de multiples facteurs. Les XY féminines excellent sans dominer les hommes. Le seuil de 5 nmol/L manque de preuves.

Mieux vaut des catégories par taille ou talent, comme Phelps (acide lactique) ou Bol (taille). Sans catégories genrées, les hommes domineraient, privant les femmes d'inspiration.

La biologie révèle la variation humaine. Face à l'ambiguïté scientifique, prônons diversité, inclusion et tolérance pour un sport féminin exemplaire.

[]