Au Royaume-Uni, depuis 2015, les enfants peuvent naître avec non pas deux, mais trois parents génétiques. Cette technique de fécondation in vitro (FIV) cible les femmes porteuses d'une maladie mitochondriale rare, bien que controversée.

Les maladies mitochondriales, ou troubles du métabolisme énergétique, sont des affections génétiques rares dues à un dysfonctionnement des mitochondries, les « usines énergétiques » de nos cellules. Elles touchent environ un nouveau-né sur 10 000. Leurs conséquences sont souvent graves, voire mortelles. Durant la croissance, des organes comme le cerveau, le foie ou les reins exigent une énergie intense. Des mitochondries défectueuses provoquent des dommages irréversibles, entraînant une mort prématurée ou des handicaps moteurs et cognitifs permanents. Aucun traitement curatif n'existe à ce jour.
Ces maladies sont cependant évitables. Une FIV spécifique empêche la transmission des mitochondries malades de la mère à l'enfant. L'ADN mitochondrial (ADNmt), hérité uniquement de la mère, ne représente que 0,1 % de notre génome total. Des mutations dans cet ADNmt altèrent le fonctionnement mitochondrial.
Transfert nucléaire cellulaire
Au cours de la dernière décennie, des scientifiques britanniques ont mis au point une technique innovante de FIV : ils extraient le noyau d'un ovule donneur sain (issu d'une femme en bonne santé), puis l'insèrent dans un ovule – fécondé ou non – de la future mère, après avoir retiré son noyau défectueux.
Après ce transfert nucléaire, l'ovule modifié est cultivé en embryon, puis implanté dans l'utérus comme en FIV classique. En 2015, le gouvernement britannique a autorisé son utilisation dans les cliniques de FIV. Les détracteurs y voient des « enfants à trois parents ». Les partisans rétorquent que l'enfant héritera physiquement de sa mère et de son père : sur 24 000 gènes humains, seuls 37 proviennent du donneur, le « troisième parent ». Ces gènes sains protègent l'enfant et sa descendance future – y compris ses filles – des maladies mitochondriales maternelles.
Bébés « sur mesure » en vue ?
Si le Royaume-Uni limite cette FIV aux maladies mitochondriales rares, le débat éthique s'enflamme. Des slogans comme « Nos enfants ne sont pas des souris de laboratoire » ou « Non aux bébés sur mesure » défrayent la chronique. Pourtant, en FIV européenne, le dépistage préimplantatoire (DPI) est courant : une cellule d'un embryon à huit cellules est analysée pour détecter des anomalies monogéniques comme la mucoviscidose, explique Hilde Van de Velde, embryologiste clinique à l'UZ Brussel. « Le DPI est inefficace pour les mitochondries, inégalement réparties dans l'embryon et avec des pourcentages variables de mitochondries défectueuses. Une cellule saine n'est pas représentative. »
Alternatives existantes
Des options moins invasives existent pour prévenir les maladies mitochondriales. « Le don d'ovules est accepté en Belgique, mais sous-offert, et la mère n'est pas génétiquement liée à l'enfant », note Van de Velde. D'autres centres peaufinent des DPI avancés pour ces pathologies, sans qu'ils soient encore opérationnels.
La sécurité de cette FIV n'est pas pleinement validée chez l'humain, bien qu'essayée sur souris et singes. « Les futurs parents prennent des risques pour avoir un enfant. Priorité à la sécurité : éviter un enfant sans trouble mitochondrial mais avec d'autres effets liés à la technique », insiste l'experte.
Les opposants britanniques, comme David King de Human Genetics Alert, alertent sur des risques épigénétiques : « Les mitochondries influencent l'ADN nucléaire, avec des effets potentiellement graves à long terme. »