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Siemens quitte Desertec : l'avenir des centrales solaires sahariennes est-il compromis ?

À la fin de cette année, Siemens se retirera de Desertec, un consortium ambitieux dédié à la construction de centrales solaires géantes au Sahara. La production massive d'électricité désertique est-elle une idée du passé ?

Siemens quitte Desertec : l avenir des centrales solaires sahariennes est-il compromis ?

Siemens annonce son retrait de Desertec

Où mieux produire de l'énergie solaire qu'au Sahara ? Des centrales solaires massives, reliées à l'Europe par des câbles haute tension, pourraient alimenter notre continent en électricité propre. Fondé en 2009, le consortium international Desertec vise à créer un super-réseau interconnectant l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Europe. Des parcs solaires d'envergure dans les déserts devraient fournir, d'ici 2050, 15 % de la consommation électrique européenne, pour un investissement total estimé à 400 milliards de dollars sur près d'un demi-siècle.

Malgré un ensoleillement exceptionnel et des vastes étendues vides, les défis sont nombreux : instabilité politique, coûts élevés des lignes de transport et besoin d'accords internationaux massifs. Desertec a souvent été qualifié de « mirage », une vision séduisante mais difficilement accessible.

Les toits européens se couvrent de panneaux
Parallèlement, la chute des prix des cellules photovoltaïques rend l'énergie solaire locale plus compétitive. En 2011, l'Europe a installé 19 gigawatts de capacité solaire. Les panneaux sur les toits, même sous des climats nuageux, deviennent viables. Le retrait de Siemens, pilier du projet, annoncé la semaine dernière, interroge : importer du Sahara reste-t-il réaliste ?

« Siemens était un participant parmi d'autres. Ce départ n'a que peu d'impact », minimise Paul van Son, directeur de Desertec, dans le magazine Nature. Pourtant, le titre de l'article – « Le plan solaire saharien perd de son éclat » – reflète les doutes croissants.

Wim Sinke, expert au centre de recherche énergétique néerlandais ECN (non impliqué dans Desertec), y voit un signal préoccupant mais pas fatal : « C'est une décision financière à court terme. Les entreprises européennes priorisent les profits rapides. La production locale est plus accessible et se développe organiquement. Moins de 1 % des toits adaptés sont équipés aujourd'hui. »

Rendre l'énergie durable exige une approche complémentaire, insiste Sinke : « L'Allemagne, leader européen, tire seulement 4 % de sa consommation des panneaux solaires. Il faut combiner toits solaires et grandes centrales désertiques. »

Priorité au local, puis à l'export
Le Maroc illustre cette stratégie : pays désertique pionnier, il vise 42 % d'énergie renouvelable d'ici 2020 avec cinq centrales solaires (2 GW cumulés) et des parcs éoliens. À terme, export vers l'Europe. « Comme Desertec : commencez par le local, puis exportez », explique Sinke.

Les experts surveillent les technologies : initialement axé sur le solaire thermodynamique (miroirs chauffant un fluide), Desertec intègre désormais le photovoltaïque, dont les coûts plummettent. « Les cellules sont plus efficaces à long terme, mais le stockage thermique permet une production nocturne », note Sinke.

Convaincu de l'avenir des grands parcs désertiques, il conclut : « Les technologies mûrissent. Nous produirons dans les zones ensoleillées et transporterons ici. Ce soleil ne sera pas gaspillé. »

Cet article est également paru dans Eos Weekblad sur iPad
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