Et si la légalisation des drogues, à l'image de l'alcool et du tabac, permettait un meilleur contrôle ? De plus en plus d'experts en santé publique y répondent favorablement.
S'il était inventé aujourd'hui, l'alcool ne serait probablement pas autorisé sur le marché. Les spécialistes de la santé soulignent souvent sa toxicité, même à doses modérées. Il affecte la plupart des organes et génère de graves dommages collatéraux humains et sociaux. Pourtant, aucun décideur politique ne propose son interdiction. Intégré à notre culture et soutenu par un puissant lobbying industriel, l'alcool reste omniprésent, accessible et légal.
Cette situation n'a pas toujours prévalu partout. Aux États-Unis, la Prohibition des années 1920 a interdit production et vente d'alcool, mais sans succès. Elle a favorisé l'essor de la mafia, comme celle d'Al Capone, et poussé les consommateurs à produire illégalement des alcools frelatés, aggravant les risques sanitaires.
Pourquoi ne pas appliquer une logique similaire aux drogues ? De nombreux spécialistes, selon nos analyses, soutiennent la légalisation pour priver les organisations criminelles de ce commerce lucratif. L'approche répressive actuelle alimente la violence – explosions à Anvers, meurtres aux Pays-Bas – alors que prévention et réduction des risques s'avèrent plus efficaces.
« Sans interdiction, vous pouvez exercer plus d'influence sur l'utilisation » psychiatre Frieda Matthys
« J'ai longtemps pensé que la légalisation des drogues était une mauvaise idée, avec les problèmes déjà causés par l'alcool. Mais sans prohibition, il est possible d'influencer les comportements », déclare la psychiatre Frieda Matthys dans le Eos de 2020. Elle n'est pas seule : de nombreux experts en addictologie ont revu leur position. Autoriser n'équivaut pas à encourager une consommation effrénée ; interdire empêche tout encadrement.
De surcroît, le marché noir empêche tout contrôle qualité, crucial face à la puissance croissante des substances. La teneur en THC du cannabis a explosé, augmentant les risques de psychose, que les usagers découvrent à leurs dépens.
La légalisation du cannabis, LSD ou ecstasy reste hypothétique, mais des modèles existent : points de vente étatiques, comme pour l'alcool en Scandinavie, avec contrôle d'identité, interdiction aux mineurs, absence de publicité et recettes fiscales réinvesties. Le défi : minimiser le marché noir dans des contextes moins disciplinés.