Chaque jour, environ seize patients décèdent de manière inattendue dans les hôpitaux belges. Un système de code couleur permet aux infirmières et médecins de détecter plus rapidement les patients gravement malades, ramenant ce chiffre à cinq décès par jour.
Dans le cadre de mon travail d'infirmier urgentiste, je reçois un appel urgent d'un service hospitalier. L'anticipation est clé : en chemin, j'enfile mes gants et me prépare mentalement à diverses scénarios.
J'arrive dans un service silencieux. Au bout du couloir, un oreiller au sol signale l'urgence – un code connu des infirmières. Dans la chambre, une collègue pratique la RCP, épuisée. Je baisse le lit et prends le relais pour les compressions thoraciques.
Au contact de la patiente, je sens sa peau glacée. C'est une femme dans la trentaine, gris-bleuâtre au visage.
Le moniteur affiche aucune activité électrique ni pouls. L'équipe sait que les chances sont minces. La question prioritaire : qui annoncera la nouvelle à la famille ?
En consultant le dossier, je note que les constantes vitales datent de 24 heures. La nuit, seule la température a été mesurée trois fois, malgré un appel au médecin pour douleurs abdominales.
Un suivi rigoureux post-chirurgical est essentiel. Des mesures vitales plus fréquentes auraient pu alerter plus tôt. Le manque de personnel ou l'absence de suivi médical nocturne ont pu jouer un rôle.
J'ai étudié un système standardisé pour détecter précocement la détérioration des patients. Dans les services l'ayant bien implémenté, les décès inattendus ont chuté de 70 %, et les observations infirmières se sont optimisées : moins fréquentes pour les patients stables, plus pour ceux à risque.
Initialement, nous ignorions l'ampleur des décès subits. J'ai défini une nouvelle classification et analysé les dossiers de sept hôpitaux belges : environ 3 patients sur 1 000 décèdent inopinément, soit 16 par jour au niveau national. Certains sont évitables ; d'autres nécessitent des soins palliatifs.
La plupart des hôpitaux manquent de structure pour détecter et répondre au déclin des patients.
Les infirmières, pivot du suivi, portent une lourde responsabilité. Une communication fluide avec les médecins, alliée à formation et expérience, est cruciale. Hélas, l'absence de protocoles standardisés expose à des variations selon les ressources et horaires.
Dans sept hôpitaux belges, j'ai évalué un système global : un score basé sur tension artérielle, pouls, saturation oxygène, etc., codé en vert (faible risque), orange ou rouge (risque élevé de décès dans les 24 heures).

Le score (3 points) en bas à droite est vert : faible risque. Il intègre une saturation O₂ légèrement basse (+1) et un pouls élevé (+2).
Des protocoles d'action ont été définis par couleur, avec un plan B pour les urgences. Les équipes ont été formées à la reconnaissance des signes, au calcul du score et à la communication efficace.

Les cartes colorées affichent scores déviants et actions associées.
Pour éviter la surcharge administrative, des outils automatisent le score. Les services avec infirmières qualifiées et temps suffisant maximisent l'efficacité. Ce système sauve des vies, à condition d'être appliqué par des professionnels expérimentés.
Filip Haegdorens est nominé à la Flemish PhD Cup. Découvrez ses recherches sur www.phdcup.be.