La science progresse dans la compréhension de l'endométriose. La découverte récente d'un gène associé à cette maladie pourrait révolutionner les traitements et soulager des millions de femmes.
Touchant environ une femme sur dix dans le monde, l'endométriose est une affection chronique extrêmement douloureuse, souvent à l'origine d'infertilité. Elle se caractérise par la croissance anormale de tissus similaires à la muqueuse utérine (endomètre) dans la cavité abdominale, sur les ovaires ou les trompes de Fallope. Ce tissu réagit intensément aux fluctuations hormonales du cycle menstruel, provoquant de vives douleurs pelviennes.
À ce jour, les causes précises de l'endométriose restent méconnues et aucun remède curatif n'existe. Les options thérapeutiques se limitent aux analgésiques, à la chirurgie ou à la contraception hormonale, avec des résultats variables selon les patientes.
Une avancée majeure vient d'être réalisée grâce à une vaste étude collaborative impliquant plusieurs instituts de recherche. Nous avons identifié des variantes génétiques plus fréquentes du gène codant le récepteur 1 du neuropeptide S (NPSR1) chez les femmes atteintes d'endométriose. Ce récepteur joue un rôle clé dans la transmission nerveuse et les processus inflammatoires.
À l'Université d'Oxford, notre équipe enquête depuis des décennies sur les gènes impliqués dans l'endométriose. Nous avons observé une prévalence familiale de la maladie, avec jusqu'à 50 % du risque attribuable à des facteurs génétiques. L'endométriose étant multifactorielle – influencée par la génétique, l'environnement et leurs interactions –, son étude est complexe.
Pour localiser les variants génétiques, nous avons séquencé les génomes de femmes atteintes avec antécédents familiaux, de patientes sporadiques et de témoins sains. Au total : 32 familles (avec au moins trois cas chacune), 105 contrôles, plus des données de 3 000 patientes et 2 300 témoins.
L'analyse a d'abord ciblé une région du chromosome 7 abritant une centaine de gènes. Un séquençage approfondi a pinpointé NPSR1 comme principal suspect : ses variantes délétères sont significativement plus courantes chez les patientes.
Pour valider ces résultats, nos collaborateurs des universités du Wisconsin-Madison et du Baylor College of Medicine (Houston) ont analysé une colonie de singes rhésus – un modèle pertinent car ils ont des cycles menstruels similaires et développent l'endométriose. Les variants correspondants étaient plus fréquents chez les animaux malades.
Nous avons ensuite testé l'impact de l'inhibition de NPSR1 sur l'inflammation. En collaboration avec Bayer, des expériences sur cellules et souris ont montré une réduction significative de la réponse inflammatoire et de la douleur lorsque l'activité de NPSR1 est bloquée.
Cependant, le composé utilisé est un "outil de recherche" non approuvé pour l'humain. La prochaine étape : développer un inhibiteur adapté, testé cliniquement pour évaluer son efficacité contre les symptômes.
De nombreux mystères persistent, comme le mécanisme précis liant NPSR1 à l'endométriose, son influence sur l'inflammation et la douleur, et les tissus ciblés.
NPSR1 est aussi impliqué dans l'asthme, le syndrome du côlon irritable, et même dans des régions cérébrales modulant la peur et l'anxiété – potentiellement liées à la perception douloureuse chronique de l'endométriose.
La douleur persistante peut altérer l'architecture cérébrale, modifiant les réseaux neuronaux. NPSR1 pourrait agir à la fois localement (inflammation pelvienne) et centralement (cerveau).
Nos travaux démontrent que bloquer NPSR1 atténue douleur et inflammation dans des modèles animaux. À terme, cela pourrait mener à des thérapies ciblées, préservant le cycle menstruel et soulageant efficacement des millions de femmes.