Des scientifiques australiens ont réussi à ranimer brièvement une espèce de grenouille éteinte en laboratoire. Quels obstacles nous empêchent de ressusciter d'autres animaux, voire des humains disparus ?

Des scientifiques australiens raniment une grenouille disparue en laboratoire. Vers la résurrection d'espèces animales et humaines ?
Ce que Steven Spielberg a immortalisé en 1993 dans Jurassic Park, inspiré du roman de Michael Crichton, relevait de la science-fiction : extraire de l'ADN fossile de dinosaures pour l'implanter dans des œufs de grenouille. Aujourd'hui, avec les avancées de la génétique, on se demande combien de temps cette fiction restera hors de portée.
Bouquetin des Pyrénées
Les dinosaures ne rôderont pas de sitôt, mais la science progresse sur d'autres espèces éteintes. L'un des rares succès partiels concerne le bouquetin des Pyrénées, dont le dernier individu est mort en 2000. Depuis 1999, des cellules vivantes de cet animal sont cultivées in vitro. En 2003, 54 embryons clonés ont été implantés dans des chèvres surrogates, mais les gestations ont échoué après deux mois.
Une seconde tentative en 2009 a donné naissance à un petit bouquetin viable... brièvement. L'animal, affaibli par des problèmes pulmonaires, est mort peu après. Même en cas de survie, l'espèce restait menacée : l'ADN provient d'une femelle, limitant les clones à ce sexe. Sans mâles, la reproduction naturelle est impossible.
Ce cas a ouvert des perspectives, mais aussi des interrogations. Contrairement au bouquetin, la plupart des espèces éteintes manquent de cellules vivantes. C'est pourtant ce qu'ont accompli la semaine dernière des chercheurs australiens avec Rheobatrachus silus, une grenouille déclarée éteinte en 1983. Cette espèce unique avale ses œufs fécondés, qui éclosent dans son estomac avant que les têtards ne ressortent par la bouche. À la fin des années 1970, un spécimen a été congelé pour la science.
Cinq ans de recherches ont permis une avancée majeure : un noyau cellulaire extrait d'un tissu congelé a été implanté dans un ovocyte énucléé d'une autre grenouille. Certains embryons se sont développés, survivant quelques jours. Percée historique : l'espèce a été ranimée sans cellules vivantes disponibles.
Le mammouth, un défi colossal
Pour les mammouths, disparus il y a 10 000 ans, les fossiles du pergélisol sibérien font rêver. Mais l'ADN dégradé pose problème : même séquencé, il n'est pas fonctionnel. Les cristaux de glace endommagent les noyaux cellulaires. Et même avec un noyau intact, il faut des ovocytes d'éléphant, rares et difficiles à obtenir en quantité (100 minimum pour un clonage viable). Sans oublier : l'éléphant d'Afrique est lui-même menacé. Ressusciter un mammouth sans sécuriser ses cousins actuels soulève des questions éthiques.
Néandertal 2.0 ?
Le clonage de Néandertal fait aussi débat. George Church, pionnier de la génétique, estime cela envisageable, malgré une citation controversée sur une gestation humaine. Problèmes identiques au mammouth : ADN ancien viable ? Compatibilité avec l'ADN mitochondrial humain ? Aucune espèce éteinte n'a été clonée avec succès à ce jour. Anton Feenstra, bioinformaticien à l'Université VU d'Amsterdam, tempère : « Connaître le génome est une chose ; assembler chromosomes et structures complexes en est une autre. » Chez l'humain, les risques sont accrus.
Les enjeux éthiques sont cruciaux : diversité génétique accrue (mélange historique sapiens-néandertaliens prouvé) ? Observation directe d'une espèce proche ? Stewart Brand y voit un atout pour la biodiversité, mais les anomalies potentielles chez les clones inquiètent.
Stewart Brand, auteur américain et compilateur du Whole Earth Catalog, lors d'un TED Talk (février 2013) sur l'inversion de l'extinction.
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