La salle de séchage de l'entreprise Arbour à Herselt utilise des courants d'air naturels pour sécher les arbres. Par vent orageux, elle produit un sifflement intense qui laisse les concepteurs perplexes.
La branche flamande de la pépinière Arbor a opté pour une solution architecturale et écologique : sécher les arbres sans ventilateurs bruyants, mais via une circulation d'air naturelle à travers des perforations murales. Le bureau est situé à Houtvenne-Hulshout, au nord de la Provinciebaan, tandis que le hall de séchage se trouve à Herselt, au sud. Ces communes, entre Westerlo et Aarschot dans le sud de la province d'Anvers, jouxtent le Brabant flamand.
Depuis 2013, ce bâtiment industriel primé s'intègre au milieu des plantations. Conçu par le bureau OFFICE Kersten Geers David Van Severen (Office KGDVS), il a remporté le prix du Concours de construction en acier 2016 dans la catégorie industrielle. Arbour, la plus grande pépinière d'arbres de Belgique, apprécie son efficacité énergétique : les arbres sèchent rapidement sans coût supplémentaire.
Mais par vents violents, le bâtiment siffle comme une immense boîte de résonance, audible à des kilomètres. Ce phénomène spécifique à certaines forces et directions de vent a émergé inexplicablement.
Dès la conception, Office KGDVS a consulté Daidalos Peutz, ingénieurs en physique du bâtiment à Louvain, sans identifier la cause. En 2016-2017, le sifflement, comparable à un Boeing 737 au décollage (90 dB), a irrité les voisins, menant à un recours judiciaire. En 2018, l'absence de tempêtes fortes a suspendu l'expertise, invoquant un "manque de vent".
Kersten Geers et David Van Severen, architectes renommés formés à Gand et Madrid, allient théorie architecturale et géométrie. Invités à Harvard GSD, ils ont confié la réalisation à Industriebouw De Pelsmaeker à Olen.
Le hangar assure deux fonctions : sécher plantes et arbres avant expédition, et faciliter le chargement. Au lieu d'un banal hangar bétonné, une structure légère utilise des tôles ondulées micro-perforées pour un flux d'air perméable, visible au crépuscule (photo d'ouverture). Sa forme géométrique évite l'aspect "boîte à chaussures" (voir encadré "Effets géométriques").
La beauté réside dans la simplicité. Mais dès 2016, par vents forts (≥70 km/h, code rouge), un sifflement de 90 dB retentit 6 minutes à 1 heure, insupportable à l'intérieur et audible à 1-2 km.
Les architectes suspectent la forme dentelée ou les perforations, uniques à cette échelle en paysage ouvert. Pourquoi seulement certaines directions ?

Le principe évoque une flûte : une arête vive (labium) génère une onde résonnant dans une cavité (voir encadré "Sifflets"). Jan Lenaerts (Office KGDVS) émet des hypothèses : bords tranchants des perforations (dus au processus de production), forme du bâtiment, ou courants d'air.
Une repeinture pourrait adoucir les arêtes, mais sans certitude. Paul Mees (Daidalos Peutz, KU Leuven) a installé anémomètres et testé un modèle en soufflerie, produisant un son différent. La cause reste introuvable.
Une caméra acoustique pourrait localiser la source. En 2018, le phénomène a cessé : absence de tempêtes, usure des arêtes, poussière, ou arbres environnants ? L'enquête judiciaire coïncide avec ce calme.

Chaque bâtiment unique a son histoire. Les riverains de Houtvenne-Hulshout et Herselt évitent le bruit des ventilateurs quotidiens, profitant parfois d'un sifflement mondialement rare dans cette salle écologique de séchage, surnommée "salle des pleurs".
Contrairement aux hangars rectangulaires flamands, le plan est un quadrilatère irrégulier (deux angles droits), s'intégrant aux plantations. Hauteurs variables des piliers inclinaison le toit, renforcée par les poutres en bois. Évoque le couloir perspectif de Borromini au Palazzo Spada (Rome) : géométrie et théorie au cœur des champs flamands.

Par orage, jusqu'à 94 dB (échelle logarithmique). Comparaisons :
Jet à 25 m : 150 dB
Porte-avions : 140 dB
Sirène : 130 dB
Avion de chasse à 300 m : 100 dB
Salle des pleurs : 94 dB
Boeing à 2 km : 90 dB
Train à 15 m : 80 dB
Aspirateur/TV : 70 dB


Une arête vive génère des ondes amplifiées par une résonance adaptée à la longueur d'onde (vitesse son ~343 m/s). Exemples : anche, bec de flûte, goulot. Cavité : violon, cylindre, ou bâtiment.