Le graphène est souvent présenté comme un matériau miracle du futur, mais des incertitudes persistent sur sa sécurité. Il est essentiel d'étudier minutieusement les dangers potentiels de ces nanoparticules innovantes.
L'avenir de la technologie se joue à l'échelle nanométrique. Bien que les nanoparticules soient considérées comme des solutions révolutionnaires, il convient d'examiner rigoureusement leurs risques potentiels. Dans un monde où des particules de la taille d'un milliardième de mètre dominent, la question de leur impact sur le corps humain est légitime. De nombreux produits contenant des nanoparticules sont déjà commercialisés : crèmes solaires à l'oxyde de zinc pour une protection UV optimale, particules d'argent aux propriétés antibactériennes, ou encore applications médicales comme vecteurs de médicaments.
Le graphène s'est illustré en 2010 lorsque Andre Geim et Konstantin Novoselov ont reçu le prix Nobel de physique pour leurs travaux. Issu du graphite des crayons, il forme une feuille bidimensionnelle d'un seul atome de carbone. Ultra-fin, léger et plus résistant que l'acier, il est l'un des meilleurs semi-conducteurs et peut devenir supraconducteur avec des modifications appropriées, minimisant la résistance électrique.
Les applications futures du graphène transforment notre quotidien : batteries rechargeables en 5 minutes, voitures plus légères et écoénergétiques, tatouages adhésifs pour monitorer le rythme cardiaque, ou colorations capillaires innovantes. De nombreuses études explorent d'autres usages, certains déjà commercialisés, d'autres en développement.
Cependant, Dries Van Thourhout, professeur de technologies de l'information à l'Université de Gand, tempère l'enthousiasme : « Le principal problème est que nous savons peu de choses sur la sécurité du graphène. Nous prenons des précautions strictes en laboratoire pour éviter sa dispersion dans l'environnement. Les promesses médiatiques sont exagérées ; les voitures ou batteries au graphène ne sont pas pour demain. »
Les effets sur la santé humaine restent spéculatifs. « Le graphène est une fine couche d'atomes de carbone, chimiquement neutre comparé à d'autres substances. Le danger réside dans la structure des liaisons carbone », explique Van Thourhout.
Cette structure évoque les fibres de carbone, résistantes et légères, utilisées en aéronautique, sport ou automobile. Alain Pardon, ingénieur sécurité à l'IMEC, compare : « Les fibres de carbone ressemblent à l'amiante : non biosolubles, elles s'accumulent dans les poumons et provoquent des inflammations. »
Bien que distinctes du graphite, les formes pulvérulentes de graphène posent un risque inhalatoire, selon le RIVM néerlandais (Institut national de santé publique et environnement). Créé en 2007, le KIR-nano alerte sur les poudres sèches : légères, elles flottent longtemps, pénètrent les poumons et résistent au système immunitaire, comme l'amiante. Des études sur souris confirment des inflammations pulmonaires.
La réactivité des nanoparticules génère des radicaux libres, augmentant les risques de maladies cardiovasculaires, cancers ou dommages à l'ADN.
« La diversité des formes, matériaux et applications complique la gestion des risques », note le Dr Adriënne Sips, coordinatrice au RIVM. Les propriétés nanométriques diffèrent radicalement des échelles macroscopiques, rendant les tests toxicologiques ardues.
Les nanoparticules insolubles flottent en tests, faussant les résultats. Une approche méthodique est indispensable.
Comme l'amiante, le plomb ou le DDT, initialement miracles, le graphène exige vigilance. Le KIR-nano applique la « sécurité dès la conception », évaluant la toxicité à chaque étape.
Le projet européen NanoReg2 favorise la communication entre acteurs. « Partager les connaissances réduit les risques sous-estimés », insiste Sips.
Malgré les incertitudes, le graphène est largement utilisé. « Peu de questions sur sa sécurité malgré les investissements », observe Sips. La politique peine à suivre l'innovation.
Pardon plaide pour un étiquetage européen des nanoparticules : « Indiquer clairement les potentiellement dangereuses pour informer consommateurs et entreprises, surtout les PME. »
« Les quantités manipulées sont infimes ; rien n'indique de négligence », nuance Van Thourhout. Des registres nationaux (France, Belgique, Suède) et l'EUON européen émergent pour plus de transparence.
Recherches précoces, collaboration développeurs-régulateurs, partage d'informations et étiquetage minimiseront les risques d'un fiasco sanitaire.