Les avions deviennent plus solides, plus légers et plus économes en carburant grâce au graphène. L'Europe mobilise un milliard d'euros pour transformer ce matériau de laboratoire en innovations industrielles prometteuses.

Oubliez « fer de lance » ou « excellence ». Le nouveau terme phare de la Commission européenne pour sa politique de R&D est « flagship ». Le premier projet phare lancé est le graphène.
Le 28 janvier, les deux premiers initiatives Future Emerging Technologies (Flagships) ont été présentées à Bruxelles : le cerveau humain et le graphène. Chacun bénéficie d'un budget d'un milliard d'euros sur dix ans. L'objectif : mobiliser toutes les ressources de l'Union européenne pour propulser ces domaines au niveau mondial et, surtout, commercialiser les avancées.
Officiellement, le projet vise à « rendre ce matériau révolutionnaire accessible à la société, à intégrer de nouvelles connaissances dans divers secteurs industriels, et à générer croissance économique et emplois en Europe », selon la Fondation néerlandaise pour la recherche fondamentale en matière (FOM), très active dans ce domaine. Deux chercheurs de la FOM dirigent des programmes de travail du projet.
Les avions deviennent plus solides, plus légers et plus efficaces
De la recherche fondamentale aux applications
Au fil du projet, l'accent passera progressivement de la recherche fondamentale à la valorisation industrielle. « Les 30 premiers mois constituent la phase de démarrage », explique Herre van der Zand, de l'Université de technologie de Delft, qui dirige le programme « Capteurs ». « Dans cette phase initiale, la recherche fondamentale domine encore, mais nous nous concentrerons ensuite sur les applications. » Celles-ci incluent des capteurs ultrasensibles pour la lumière, l'électricité et les signaux (bio)chimiques.
Valoriser les innovations en Europe
Problème récurrent en Europe : nos chercheurs produisent des connaissances de pointe, mais leur commercialisation se fait souvent ailleurs (États-Unis, Chine, Japon, Corée du Sud). Même pour le graphène, invention britannique de 2004 par Andre Geim et Kostya Novoselov (Université de Manchester), l'Europe mène en publications (36 %), mais détient une minorité des brevets (sur plus de 2 200). « L'un de nos buts est de générer des brevets en UE », souligne Van der Zand.
Dans ce contexte économique dominant les grands projets, quelles applications attendues ? « Des révolutions dans les matériaux, la microélectronique et la médecine », prédit Van der Zand. « Des matériaux ultra-résistants et flexibles pour l'aviation et les transports – plus solides, légers et économes. La conductivité fulgurante du graphène permet des supercalculateurs compacts sans métaux rares coûteux. Enfin, des biocapteurs détectant une molécule de plus ou de moins dans le sang. »
Qu'est-ce que le graphène ?
Ce matériau, un maillage de carbone d'un seul atome d'épaisseur, surpasse le diamant en résistance, le caoutchouc en flexibilité et conduit l'électricité un million de fois mieux que le cuivre. Applications potentielles : écrans tactiles pliables transparents, puces rapides et abordables, capteurs hypersensibles, avions légers et économes. Découvert scientifiquement il y a des décennies, isolé en 2004 par Geim et Novoselov (prix Nobel 2010).