Les enseignants qualifiés doivent initier les élèves à l'informatique et à la programmation dès le plus jeune âge.
Apprendre à programmer est aussi fondamental qu'apprendre à lire et à compter. « Chaque élève mérite une chance d'acquérir cette compétence essentielle du XXIe siècle », a tweeté Bill Gates plus tôt cette année. Pour lui, il s'agit de la nouvelle alphabétisation.
Jeanette Wing, informaticienne à l’Université Carnegie Mellon et vice-présidente de Microsoft Research, prône la « pensée computationnelle » à l’école depuis 2006. Elle la considère comme une compétence universelle, non réservée aux seuls informaticiens. « C’est une façon de résoudre des problèmes complexes et de concevoir des systèmes, fondée sur les concepts fondamentaux de l’informatique. »
La pensée computationnelle développe la capacité à abstraire un problème, raisonner logiquement et le décomposer en sous-problèmes gérables. Ces aptitudes s’appliquent partout, avec ou sans ordinateur.
Commencez le plus tôt possibleÀ la South Fayette Township School, près de Pittsburgh, Aileen Owens, directrice de la technologie et de l’innovation, suit cette approche. Dès la maternelle, les enfants explorent les bases via Scratch, un langage graphique où ils assemblent des blocs de commandes (ex. : « avance de 10 pas », « attends 5 secondes », « tourne de 90° à gauche ») pour animer des figures.
À mesure qu’ils progressent, ils programment des moteurs, construisent des robots Lego, conçoivent des inventions avec des logiciels et les prototypent en 3D. En fin de primaire, ils passent du codage graphique au texte, adoptant des langages professionnels.
« Cela dépasse le codage : il s’agit de former à la résolution de problèmes. Les enfants décomposent les défis, expérimentent, collaborent et appliquent ces stratégies hors informatique », explique Aileen Owens.
Même les plus jeunes y accèdent. « Nous apprenons aux enfants d’âge préscolaire à raisonner logiquement, abstraire, repérer des motifs et explorer des alternatives », dit Melissa Unger, enseignante STEAM. « On commence par ‘Qu’est-ce qu’une instruction ?’ et on programme un ami dans un labyrinthe avec des flèches. »
Applicable partoutÀ l’Excel Public Charter School (Kent, Washington), Eli Sheldon, ex-responsable chez Microsoft, intègre la pensée computationnelle dans toutes les matières. « J’ai vu des ingénieurs décomposer des problèmes complexes étape par étape. Tout le monde devrait maîtriser cela. »
J’ai vu des ingénieurs décomposer des problèmes complexes grâce à la pensée computationnelle
Les experts voient dans cette approche un ensemble de compétences transversales, utiles à l’école, au travail et dans la vie quotidienne.
Giovanni Samaey (KU Leuven) confirme : « Rédiger un essai, planifier une urgence ou médier un conflit requiert de décomposer et séquencer. Les applications sont infinies. »
Penser par étapesÀ l’école Heilige Familie (Tielt), Samaey enseigne ces principes aux meilleurs élèves de 5e-6e primaire. Ils apprennent à formuler des solutions informatisables et créent leurs jeux vidéo. « Ils divisent un défi complexe en sous-tâches, une méthode réutilisable partout. »
Comme Bill Gates, il plaide pour une intégration précoce : « Nourrissez les talents jeunes pour qu’ils innovent demain. » Sheena Vaidyanathan (Los Altos, Californie) compare cela à une langue : « La maîtrise vient avec la pratique continue. »
Les maths, physique et chimie restent silos ; leurs liens sociétaux manquent de clarté
Tous les élèves en bénéficient, même sans talent inné : « Comme les maths ou la culture générale, c’est essentiel pour naviguer le monde technologique », ajoute Samaey.
Manque de structure en Flandre« Pas de cadre officiel pour l’informatique primaire/secondaire en Flandre », regrette Samaey, contributeur au rapport de l’Académie royale flamande. STEM reste fragmenté.
Les écoles pionnières improvisent, dépendant des enseignants. Marian Verhelst (KU Leuven) note : « Peu l’enseignent ; ce n’est pas évalué, donc sous-valorisé. »
Matière optionnelle ailleursEn Europe, l’informatique est souvent optionnelle au secondaire. L’Angleterre l’impose dès la primaire. Aux Pays-Bas, elle émerge dans les premières années via la plateforme Education 2032.
CoderDojo (Belgique) initie les 7-18 ans le samedi, mais Samaey insiste : « Initiatives extrascolaires ne remplacent pas l’éducation structurée pour tous. Elles favorisent surtout garçons et urbains. »
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