Seppe Terryn conçoit des robots à base de matériaux capables de s'auto-réparer.
L'atelier de robotique sur le campus de la VUB à Etterbeek est un lieu unique. Ce qui évoque un loft artisanal sophistiqué abrite les toutes dernières avancées en robotique. À l'entrée, une famille de robots m'observe : certains finis, d'autres en cours d'assemblage. Parmi eux, Probo, le robot affectueux qui réconforte les enfants malades. Les tables débordent de prototypes et d'outils innovants. Aucun espace libre n'existe. Dans un coin, quatre étudiants tentent de faire escalader un robot le long d'une corde. Il s'arrête à mi-parcours. Retour à la planche à dessin.
Dans ce laboratoire, Seppe Terryn développe des robots mous à base de matériaux régénérants. « C'est comparable à notre peau : une coupure déclenche coagulation sanguine, défense immunitaire et régénération cellulaire. Les matériaux auto-cicatrisants agissent pareillement. Endommagés, ils se restaurent sous l'effet de l'air, de la lumière ou de la chaleur, retrouvant leur état initial. Déjà utilisés dans les revêtements de voitures haut de gamme pour effacer les rayures. »
Terryn a créé une main robotique souple en tel matériau, idéale pour manipuler des fruits fragiles. « Le matériau doit être doux pour éviter les dommages, mais vulnérable. L'auto-réparation évite les interventions techniques ou les déchets. »
Ses travaux, publiés en août dans Science Robotics, ont attiré l'attention internationale : interviews BBC Radio, visite de Time Magazine.
L'innovation réside dans l'application à la robotique douce, où les robots imitent les tissus vivants. Terryn relie génie des matériaux et mécanique, ouvrant un nouveau champ de recherche.
La main est en polymère caoutchouteux, une « toile d'araignée » microscopique. Une coupure brise cette structure. Chauffé à 80 °C, le polymère fond, comble la brèche et se reforme au refroidissement. En 40 minutes, la fissure se ferme ; après une nuit, tout est neuf.
Les égratignures se réparent seules, mais pas les grosses déchirures – contrairement au corps humain qui crée du neuf. Avantage : cicatrisation invisible en 24 heures, plus rapide que la biologie.
Objectif ultime : robots détectant dommages via capteurs, réparant intelligemment, post-travail pour éviter interruptions.
Terryn prévoit des robots auto-réparants en santé d'ici quelques années, si financements suivent. Collaboration européenne accélérera les progrès.
Seppe Terryn (1991), master en sciences appliquées et ingénierie à la VUB (2014), prépare un doctorat sur les matériaux auto-réparants pour robots. Publication 2023 dans Science Robotics sur pince et muscle pneumatiques auto-réparants.
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