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Deepfakes et IA : Quand le faux devient indistinguable du vrai

Des vidéos hyperréalistes falsifiées aux copies numériques qui nous survivent : l'intelligence artificielle bouleverse notre quotidien. « Ce n'est que le début. Des choses étranges se produisent avec l'IA. »

« Le président Trump est un connard complet. » Ces mots semblent sortir de la bouche de Barack Obama. Du son de sa voix aux mouvements de ses lèvres, tout paraît crédible. Quiconque l'ignore attribuerait ce message vulgaire à l'ex-président américain. Pourtant, cette vidéo est un faux, réalisé en 2018 par BuzzFeed avec l'acteur Jordan Peele.

Les techniciens ont superposé les mots de Peele sur le visage d'Obama via Adobe After Effects et FakeApp, un outil accessible. Le message est clair : ne vous fiez pas aveuglément à Internet. Les sources fiables sont essentielles.

Avec le même FakeApp, un amateur a posté sur Reddit une vidéo où la princesse Leia de Star Wars apparaît topless. Il n'a mis que vingt minutes, sans être un expert.

Il suffit d'un grand nombre d'images de qualité d'une personne, décomposées image par image, et d'un ordinateur puissant.

L'idée n'est pas neuve : à Hollywood, les CGI ressuscitent des acteurs décédés pour les blockbusters. Réservée aux gros studios, cette technologie est désormais démocratisée par l'IA.

FakeApp n'égale pas les CGI coûteux, mais impressionne. La vidéo Leia a été supprimée par les modérateurs de Reddit. Jusqu'à récemment, les experts prévoyaient cela dans quelques années. L'évolution est fulgurante.

Surfer sur l'herbe

Derrière ces deepfakes : l'apprentissage automatique, une IA en pleine explosion. Principe : nourrir un algorithme de données massives pour générer de nouvelles vidéos. Ce réseau de neurones imite le cerveau humain.

L'algorithme s'améliore en auto-évaluant ses créations via des millions de connexions. Images de personnalités publiques abondent ; pour les anonymes, la culture du selfie fournit des données quotidiennes.

Tinne Tuytelaars, professeure d'imagerie numérique à la KU Leuven, explique : « Les progrès en reconnaissance faciale et génération d'images visent une meilleure interaction homme-machine, comme la détection d'émotions. Depuis 2012, c'est une révolution. »

« Avant, seuls les visages de face étaient reconnus ; désormais, même en conditions difficiles », ajoute-t-elle. « Grâce à l'apprentissage non supervisé, plus besoin d'étiquettes manuelles. Les systèmes classifient seuls. »

Applications : détection de dangers pour voitures autonomes, malgré peu d'images de scénarios rares.

Plus loin : un algorithme crée des vidéos à partir de texte seul. Pas oscarisable, mais révolutionnaire pour reconstituer accidents ou crimes via témoignages.

« Première technique texte-vidéo aussi réussie. Pas parfait, mais proche du réel », note Tuytelaars. Entraîné sur dix scènes (golf, kite surf), il invente même du surf sur herbe ou de la voile sur neige.

Lecture

Le MIT prédit des mouvements à partir d'une photo, générant de courtes vidéos GIF prévisibles.

Programmes manipulent visages en temps réel : grimaces transférées sur célébrités. L'audio suit : l'Université de Washington synchronise labiales sur clips audio, faisant dire l'impossible à des leaders, comme la vidéo Obama.

Commercialisation : Adobe prépare Voco (Photoshop audio) et Cloak (efface objets/vidéos). Nvidia génère photos hyperréalistes, convertit soleil en pluie. Les possibles explosent avec l'IA.

Physiquement mort, numériquement vivant

Créez une copie numérique post-mortem, comme dans Black Mirror, mais réel.

Luc Steels, expert IA à la VUB : « Des entreprises proposent un 'téléchargement mental' via données sociales. La copie réagit comme vous. Pour certains, c'est un deuil aidé. »

Eterni.me crée des avatars via traces en ligne : de bio basique à interlocuteur. 37 000 inscrits. Soul Machines : doubles réactifs, courants d'ici dix ans. Lyrebird : clone vocal en 30 phrases.

Steels tempère : « Efficace pour tâches ciblées, mais loin de l'humain. Un pixel suffit à tromper l'IA, pas nous. Plus de données ne comble pas le fossé culturel/social. Rêvons, mais critiquons l'hype. »

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