En tant qu'anthropologue des sciences, Massimiliano Simons observe des roboticiens à la TU Darmstadt pour comprendre ce que les robots révèlent sur l'humanité.
"L'expérience durera environ cinq heures", m'annonce Arjang Ahmadi, étudiant à la TU Darmstadt. Avec un collègue, il prépare l'équipement : des capteurs passifs réfléchissant la lumière infrarouge sont fixés sur mon corps, et des capteurs EMG sur ma jambe droite mesurent l'activité électrique des muscles.
Nous commençons à 8 heures, mais la calibration des caméras infrarouges et l'ajustement des capteurs sur mon corps unique prennent du temps. Leur frustration est pour moi une mine d'informations précieuses.

Alors qu'ils m'observent, je les observe en retour. Comme les souris du Guide du voyageur galactique de Douglas Adams, qui sont en réalité des extraterrestres étudiant les humains, je suis ici pour analyser les scientifiques et décrypter la "technoscience" contemporaine : des pratiques où la technologie produit et étudie les phénomènes, ici les robots pour explorer le mouvement humain.
Les vidéos virales montrent souvent des robots maladroits face à des tâches simples comme ouvrir une porte. C'est la robotique classique : remplacer les humains. Mais à Darmstadt, c'est différent.
Le professeur André Seyfarth, qui dirige le Lauflabor où se déroule l'expérience, aborde la recherche sur le mouvement humain sous un angle philosophique. Il propose un modèle symbiotique où humains et machines collaborent, les robots servant à mieux comprendre l'humain.
Contrairement au modèle américain qui vise à remplacer l'humain, Darmstadt privilégie une symbiose homme-machine.
Ce choix reflète les financements : l'armée aux États-Unis, la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) en Allemagne, favorisant la recherche fondamentale. Nos attentes vis-à-vis des robots dépendent des priorités sociétales et des investissements.
Les expériences du Lauflabor semblent intimidantes : marcher sur une plateforme surélevée qui s'ajuste soudainement, ou porter un "sac à dos" qui déséquilibre inopinément.

Toutes visent à étudier le mouvement humain pour concevoir des robots au service du corps humain.
Mon expérience : marcher sur un tapis roulant, avec et sans exosquelette passif – un dispositif à ressorts et leviers facilitant la marche, sans moteur.

L'objectif : mesurer l'efficacité via la réduction de la consommation musculaire et énergétique, grâce aux capteurs.
Au-delà des prothèses, les technoscientifiques mêlent objectifs pratiques et théoriques. Pourquoi les robots pour étudier le mouvement humain ?
Les technoscientifiques fusionnent objectifs pratiques et théoriques.
Les humains sont complexes ; un robot simple permet d'isoler variables. Ils sont manipulables éthiquement, contrairement aux corps humains.

Seyfarth ajoute : le robot teste les théories en conditions réelles et reflète notre compréhension du mouvement – s'il échoue, notre savoir est incomplet.
Des expériences explorent l'interaction, comme deux robots sciant ensemble, mimant la coordination humaine.
La coordination sociale repose sur la confiance, comme avec un exosquelette : quand s'y appuyer ?
Cela pose des enjeux techniques et sociaux pour un avenir collaboratif. Expérimenter avec les robots, c'est façonner notre futur : quel rôle leur donnerons-nous ?