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Énergie nucléaire : en crise ou renaissance pour la transition climatique ?

Pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C ou 2 °C, l'énergie nucléaire figure parmi les solutions dans la plupart des scénarios du dernier rapport du GIEC. Aura-t-elle le vent en poupe ?

Retour pertinent

« L'industrie devra courir vite pour rester sur place. » Une analyse récente d'Energy Post dresse un tableau sombre d'un secteur nucléaire « en crise ». Selon les experts, une nouvelle ère s'ouvre : celle du démantèlement, « la seule branche prospère ».

De nombreuses centrales approchent de la fin de leur vie utile. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) anticipait une « vague d'arrêts de réacteurs vieillissants », près de 200 d'ici 2040, principalement en Europe, aux États-Unis, en Russie et au Japon. Plus de 440 centrales fonctionnent dans le monde ; en 2017, l'âge moyen des réacteurs était de 30 ans. La fin est-elle proche ? Pas nécessairement.

Renaissance

De nouvelles centrales sont construites et mises en service. 2016 a marqué un record : plus de 9 GW de capacité ajoutés, la plus forte hausse en 25 ans. En 2017, quatre nouvelles unités ont produit de l'électricité – trois en Chine, une au Pakistan –, contre 19 prévues par l'Association nucléaire mondiale (WNA). Des fermetures ont toutefois entraîné une légère baisse nette.

La WNA recense 50 réacteurs en construction et 53 supplémentaires d'ici 2025. Plusieurs centrales, conçues pour 25-40 ans, ont vu leur durée de vie prolongée avec succès, y compris en Belgique. « La capacité nucléaire mondiale croît sans cesse », conclut la WNA.

Quelle part dans le mix énergétique ? En 2016, 10,5 % de l'électricité mondiale provenait du nucléaire, contre 17,5 % en 1996. Les renouvelables (24,5 %, surtout hydro) progressent, mais la baisse du nucléaire s'explique surtout par la montée du gaz. Le secteur alterne entre déclin et timide renaissance.

Scénarios futurs

Quel avenir ? Dans le New Policy Scenario (NPS) de l'AIE, tenant compte des engagements climatiques, la demande énergétique mondiale +30 % d'ici 2040. Gaz, renouvelables et efficacité énergétique dominent. Sans gains d'efficacité, elle doublerait. Le nucléaire reste dans le mix, avec +4 GW/an, Chine en tête.

Pour un scénario 2 °C, 70 % d'énergie bas-carbone d'ici 2050, incluant nucléaire, CSC et renouvelables. Le GIEC cite le nucléaire parmi les technologies low-carbon. Fermer des centrales menace l'objectif 2 °C ; un soutien politique clair est essentiel. Sur 163 plans Paris, seuls 10 mentionnent explicitement le nucléaire.

Mort et gaspillage

Le climatologue James Hansen juge impossible l'objectif climatique sans nucléaire. Des écologistes comme George Monbiot et Mark Lynas sont passés du rejet au soutien, arguant que les risques sont exagérés, comme dans Nucleaire 2.0.

UNSCEAR (2013) : aucun effet sanitaire post-Fukushima chez travailleurs ou population. Pour Tchernobyl : 134 cas aigus (28 morts immédiats), 6 000 cancers thyroïdiens infantiles (15 mortels), estimations futures de 4 000-9 000 (OMS) à dizaines de milliers.

The Lancet : nucléaire bien moins mortel que fossiles par TWh (pollution air). Hansen : 1,84 million de décès évités ; potentiellement +1 million d'ici 2050.

Déchets : stockage géologique profond pour hautement radioactifs (centaines-milliers d'années). Sites étudiés mondialement ; en Belgique, argile Campine à -225 m. ~250 000 t stockables déjà.

Opposition rationnelle ? Aviel Verbruggen (UA) : comme une assurance incendie. Mathias Bienstman (BBL) : risques globaux (décontamination, évacuations, coûts publics). Évacuations Fukushima ont divisé exposition par 10. Préférer innovations stockage pour système sûr, rapide, abordable, low-risk.

Quatrième génération

Nouvelles techs répondent-elles ? R4G : moins déchets longue vie, sûreté passive (arrêt auto sans humain/élec). Contrairement à Gen II (Doel/Tihange, eau, 70-80s). Gen III en cours (UK, Fin, Fra) : améliorés.

Gen IV : sodium, plomb, hélium, sel fondu. Chine : réacteur gaz haute T 2023. Sels fondus ~2050 (Kloosterman, TU Delft). À court terme, Gen III essentiels.

Retards/dépassements : Olkiluoto-3 (8 Md€ vs 3, +9 ans), Flamanville (x3, +6 ans), Hinkley Point C. Chine/Russie réussissent grâce politique/industrie. SMR : modulaires, factory-built, coûts bas en série (Baeten, VUB).

Compatible avec le soleil et le vent

Renouvelables : 30 % élec 2022, 40 % 2040 (AIE). Nucléaire complémentaire ? Oui, flexible + stockage (Meersschaert, Forum Nucléaire). SMR idéaux.

Johan Albrecht (UGent) : demande EU baisse, ENR+, mais 250 charbon à fermer. Asie : croissance nucléaire > charbon. Besoin backup (gaz, biomasse, nuc). À court terme OK ; long terme, coûts nuc + flexibilité ENR posent question. Études (Itinera, EnergyVille/Elia) : sortie 2025 possible en BE avec investissements backup.

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