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Voir un proche décédé est normal : jusqu'à 60 % des endeuillés font ces expériences

Voir un proche ressusciter d'entre les morts ne signifie pas être fou. Jusqu'à 60 % des personnes en deuil rapportent de telles hallucinations, selon des études scientifiques.

Dans la série télévisée flamande Beau Séjour, la protagoniste Kato revient d'entre les morts pour démasquer son assassin. Seuls certains personnages peuvent la voir et l'entendre. Ce scénario, bien que fictif, reflète une réalité courante.

Une méta-analyse de 2015 révèle que 30 à 60 % des personnes ayant perdu un partenaire ressentent encore sa présence : le voir, l'entendre ou le sentir après le décès. La majorité n'a aucun antécédent psychiatrique. Ces phénomènes, appelés expériences hallucinatoires post-deuil, sont bien documentés. « Les chiffres varient selon la formulation des questions », explique Iris Sommer, psychiatre au UMC Utrecht Brain Center et spécialiste des hallucinations. « Beaucoup hésitent à admettre ces expériences. »

Les hallucinations post-deuil sont une réaction normale à la perte d'un être cher.

Ces visions, souvent réalistes au point d'engager une conversation, surviennent généralement dans le premier mois après le décès, mais peuvent persister des années ou réapparaître plus tard. Iris Sommer note : « Chez certains, perdant leur partenaire jeune, les hallucinations émergent à la retraite, quand la solitude s'installe. » Dans la plupart des cas, elles apportent réconfort et souvenirs positifs, rarement de la peur.

Le cerveau en perturbation

Peu d'études expliquent ce mécanisme, mais des pistes émergent. Ben Alderson-Day, chercheur à l'Université de Durham (Royaume-Uni) sur les voix auditives et les sensations de présence, suggère une projection due au stress extrême, comme décrit dans The Psychologist (2020). Des lésions dans l'insula ou la jonction temporo-pariétale (TPJ), régions liées à l'interoception (sensations internes comme la faim ou le rougissement), provoquent aussi ces phénomènes.

Stimuler électriquement la TPJ chez des sujets sains évoque une présence. Le stress pourrait perturber l'interoception, transformant des signaux internes en perceptions externes. Iris Sommer évoque aussi un manque de stimuli externes : « Le silence et la solitude favorisent les hallucinations. Le cerveau comble les vides, créant des voix ou visions absentes. »

Les patients souffrant d'hallucinations auditives bénéficient parfois de neurostimulation.

Facteurs aggravants : insomnie, drogues, troubles sensoriels, prédisposition génétique (schizophrénie, bipolarité) ou médicaments comme les corticoïdes et antipaludiques. « Inutile de s'inquiéter », rassure Iris Sommer. « C'est souvent réconfortant. Pour minimiser le risque, évitez la solitude : entourez-vous, allumez radio ou TV. »

Avez-vous vécu des hallucinations ou souhaitez-vous évaluer votre sensibilité ? Participez au questionnaire de la Prof. Iris Sommer pour contribuer à la recherche.


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