En 1967, le microbiologiste américain Maurice Hilleman a développé un vaccin contre les oreillons en seulement quatre ans. Il a bénéficié de recherches antérieures menées dès la Première Guerre mondiale, où le virus incapacitait les soldats pendant des semaines. Hilleman a également exploité une technologie innovante pour cultiver le virus dans des œufs de poule, qu'il a optimisée pour accélérer le processus.
Ce délai record reste exceptionnel. Habituellement, le développement d'un vaccin prend 10 à 15 ans pour garantir sa sécurité et son efficacité. Ce processus suit plusieurs phases rigoureuses.

Il débute par des études précliniques sur des éprouvettes ou des animaux. Suit la phase 0, testant une faible dose sur 10 à 15 volontaires. La phase 1 évalue les effets secondaires sur un groupe élargi. La phase 2 optimise la dose chez des participants représentatifs. La phase 3 valide l'efficacité sur des centaines de sujets via des essais en double aveugle avec placebo. Une fois autorisé, la phase 4 surveille les risques à long terme. Ces étapes peuvent parfois se chevaucher (phases 1/2 ou 2/3).
Même ce temps record est trop long face à la pandémie de COVID-19. Un traitement efficace pour les patients reste introuvable. L'OMS et la CEPI investissent des milliards dans la recherche vaccinale. En mai, la Commission européenne a réuni près de 16 milliards d'euros via un sommet des donateurs. Le financement n'est pas un frein ; l'enjeu est d'accélérer la production.
Les progrès sont encourageants. Selon l'OMS, un vaccin pourrait être disponible d'ici 18 mois après le début de la pandémie (mars 2020), grâce à 226 études mondiales en cours.
« Les comités d'éthique et autorités réglementaires priorisent les essais COVID-19 via une procédure accélérée. Les centres repoussent d'autres études pour gagner du temps », explique l'épidémiologiste Pierre Van Damme (UAntwerp).
Au CEVAC de l'UZ Gent, deux vaccins sont testés. « Nous évaluons leur sécurité et efficacité sur volontaires », précise Isabel Leroux-Roels, cheffe de service. « Depuis juin, nous testons le vaccin CureVac (Allemagne, phase 1). Nous venons de lancer celui de Johnson & Johnson (phase 1/2 combinée), basé sur un vecteur viral déjà étudié, minimisant les risques. »
« Nous testons deux vaccins depuis juin. L'un est déjà en phase combinée »
Combiner les phases accélère, mais comporte des risques financiers si l'échec survient.
« Traditionnellement, on cultive le virus en grande quantité (9 à 24 mois), avant tests », note Leroux-Roels.

Les vaccins à ARN accélèrent : ils injectent des instructions génétiques pour produire la protéine S du SARS-CoV-2. « La cellule fabrique l'antigène en une semaine ; la production d'ARN prend 2 mois maximum », ajoute-t-elle. CureVac en est un exemple. Cependant, aucun vaccin ARN n'a encore été commercialisé, et le stockage à -70°C pose des défis logistiques.
Le « défi humain » – exposer des volontaires vaccinés au virus – est débattu. « Utilisé pour d'autres vaccins, il prouve l'efficacité rapidement », dit Van Damme. 30 000 volontaires (1DaySooner) sont prêts, mais éthiquement sensible sans traitement curatif.
L'OMS a publié des directives éthiques. Leroux-Roels tempère : « Sans remède, c'est risqué, même chez les 18-30 ans. Aucune équipe ne s'y engage. »
« Cultiver le virus prend jusqu'à 24 mois avant tests »
Les vaccins stimulent l'immunité, pouvant causer des symptômes grippaux. Un surdosage risque une « tempête de cytokines ». Un plan échelonné teste des doses croissantes : « CureVac de 2 à 12 µg sur 1,5 mois. »
Paradoxalement, la circulation virale accélère les phase 3. « En Belgique, juin était calme ; maintenant, Anvers est idéal », note Leroux-Roels.
Reste la question prioritaire : qui sera vacciné en premier ?