Voici les faits et percées scientifiques les plus emblématiques de 2020, tels que sélectionnés par les scientifiques et experts de notre Conseil Consultatif.
Science Eos célèbre ses 37 ans en 2020. Depuis sa création en 1983, notre équipe éditoriale bénéficie de l'appui d'un Conseil Consultatif composé de scientifiques et d'experts. Ils nous fournissent des retours précieux, nous aident à anticiper les projets futurs et font le lien entre notre rédaction et le monde scientifique. Nous les avons interrogés sur le fait scientifique ou la percée qui a marqué leur année 2020.
« Le premier confinement s'est avéré être une expérience climatique. » Géologue Manuel Sintubin, KU Leuven
Durant le confinement, le monde s'est presque arrêté. Manuel Sintubin explique : « Au pic du confinement (mars-avril), les émissions mondiales de CO2 ont chuté de 17 % par jour maximum. Les transports, y compris l'aviation, ont représenté environ la moitié de ces réductions. Il est remarquable que cet arrêt quasi total n'ait eu qu'un impact limité sur les émissions globales. »

« Chaque action climatique supplémentaire nous rapproche de l'objectif parisien de 2 °C. C'est une nouvelle encourageante. » Manuel Sintubin
« Sur une base annuelle, la crise du Covid-19 devrait réduire nos émissions de 7 % par rapport à 2019. C'est le niveau de réduction annuelle qu'il faudra maintenir pendant des décennies pour atteindre l'objectif de 2 °C de l'Accord de Paris. Cela replace les ambitions parisiennes en perspective. »
« Par ailleurs, les scénarios extrêmes du GIEC, comme le RCP8.5, ont été critiqués cette année. Souvent présentés comme le "statu quo" ou "sans politique", ils ne correspondent plus à la réalité où les actions climatiques gagnent du terrain. Avec les mesures actuelles (scénarios "pression croissante"), nous pourrions déjà limiter le réchauffement à moins de 3 °C d'ici 2100. Cela en fait le nouveau "business as usual". Toute action supplémentaire nous rapproche des 2 °C. Une bonne nouvelle ! »
« Enfin, des études confirment que, une fois les émissions nettes nulles atteintes, les températures mondiales se stabiliseront. Cela renforce l'urgence d'atteindre le zéro net le plus vite possible. »
« Malgré le lien évident entre nos rapports à la planète et la pandémie, les crises de la biodiversité et du climat ont disparu de l'agenda. » Biologiste Tine Huyse, Musée royal de l'Afrique centrale

« En évoquant 2020, impossible d'ignorer le Covid-19. La vitesse de propagation du virus illustre notre hyperconnexion mondiale, tandis que le développement accéléré des vaccins rappelle que "où il y a une volonté, il y a un chemin". Les ressources et procédures accélérées ont été inédites, contrastant avec la lenteur pour le vaccin Ebola, pourtant plus létal mais confiné en Afrique. »
« Mobiliser gouvernements et citoyens pour une crise chronique serait la vraie percée. » Tine Huyse
« Les leçons sont claires : traiter autrement animaux et environnements. L'élevage intensif favorise la propagation virale par surpopulation et stress. L'exploitation forestière et le commerce d'espèces menacées doivent être régulés, avec des alternatives économiques pour les populations locales. »
« Malgré ces liens évidents, biodiversité et climat passent au second plan. Leurs impacts dépasseront largement le Covid-19. Le vaccin rapide est un miracle, mais mobiliser pour les crises chroniques serait révolutionnaire. Les experts scientifiques ont gagné en visibilité, mais la science derrière le virus s'est vite effacée. Le journalisme scientifique approfondi reste essentiel. »

« Le Covid nous confronte à l'essentiel : le vert est vital, même s'il est trop rare et moins diversifié. » Communicateur scientifique Reinout Verbeke, Institut royal des Sciences naturelles de Belgique
« 2019 fut l'année du climat, éclipsant la biodiversité. Puis vint le Covid : isolés chez soi, un brin de verdure devient un paradis. Le virus souligne les conséquences de la perte de biodiversité : destruction d'habitats, proximité avec réservoirs viraux, commerce sauvage – autant de catalyseurs de zoonoses. David Attenborough a mobilisé via Netflix et Instagram. En Belgique, #samenforbiodiversity unit 90 organisations. Le Muséum des sciences naturelles a ouvert "Planète Vivante". L'élan est là, mais perdurera-t-il ? L'heure est à l'investissement politique pour la biodiversité. »
« Le réchauffement climatique atteint désormais les abysses océaniques. » Expert des océans Jan Stel
En septembre, Karina von Schuckmann et 39 scientifiques ont publié les nouveaux chiffres du déséquilibre énergétique terrestre (EEI), indicateur clé du réchauffement. Issus du Système mondial d'observation du climat, ils révèlent une accumulation de chaleur de 358 ± 37 ZJ entre 1971 et 2018, due aux activités humaines.

« 89 % de cette chaleur est absorbée par les océans, migrant vers les profondeurs (nuances bleues du graphique). Sur terre : 6 % ; fonte des glaces : 4 % ; atmosphère : 1 %. L'EEI au sommet de l'atmosphère augmente, loin des objectifs parisiens. L'océan, tampon acidifiant crucial, mérite plus d'attention éducative. Comprendre son rôle est vital pour notre survie. »
« Il est essentiel de sensibiliser au rôle de l'océan dans nos vies. » Jan Stel
« 2020 : l'année record pour la supraconductivité... et pour la Terre. » Chimie des matériaux Marlies Van Bael, Université de Hasselt
Depuis la découverte de Bednorz et Müller en 1986 (Nobel 1987), la quête de supraconducteurs à température ambiante anime la recherche. En 2020, un matériau hydrogène-soufre-carbone l'atteint à 15 °C (sous haute pression). Rêve d'enfant réalisé pour Marlies Van Bael, qui y voit le pouvoir de la recherche fondamentale patiente.

« Plus excitant encore : le climat. 2020, potentiellement l'année la plus chaude enregistrée, appelle science et technologie. Que les décideurs soutiennent étudiants et chercheurs pour un avenir durable ! »

Le SARS-CoV-2 a paralysé nos vies, boostant les labos biomédicaux. Moins d'un an après son émergence, des vaccins efficaces émergent. Science y voit la percée de 2020, tout comme Hendrik Cammu et Jean-Claude Burgelman.
« Plusieurs vaccins en 12 mois, contre 4 ans pour les oreillons. Percée des vaccins à ARNm. » Hendrik Cammu, UZ Brussel
« La science ouverte, via accès libre aux données, a sauvé des vies. » Jean-Claude Burgelman, Vrije Universiteit Brussel

« Aperçu rapide du virus grâce à la cryo-microscopie électronique. » Chimiste Luc Van Meervelt, KU Leuven
Les pointes du coronavirus, visualisées en 3D via rayons X ou cryo-EM, sont des cibles thérapeutiques idéales. La vitesse en 2020 est stupéfiante : Jason McLellan a séquencé la protéine spike en 25 jours.

Modèles 3D imprimés ont aidé la conception de médicaments.
« Ensemble, nous avons surpassé le supercalculateur le plus rapide. » Philosophe scientifique et physicienne Sylvia Wenmackers, KU Leuven
Folding@home, successeur de SETI@home, a mobilisé PC citoyens et clusters (CERN) pour modéliser protéines Covid, atteignant 1 exaFlop/s. AlphaFold 2 de DeepMind révolutionne la prédiction protéique.
« Premier vol spatial commercial habité : début d'une nouvelle ère. » Robotiste Bram Vanderborght, Vrije Universiteit Brussel
SpaceX a lancé Doug Hurley et Bob Behnken vers l'ISS, réutilisant sa fusée. Starlink fournit Internet satellitaire, testé en urgence incendies.
« Sans Covid, l'eau aurait dominé 2020. » Technologue en procédés Eveline Volcke, Université de Gand
Focus sur réutilisation et "fit-for-purpose". Analyse des eaux usées traque le virus précocement.
« L'IA accélère les médicaments et perce en bioinformatique. » Biologiste des systèmes Lennart Martens, Université de Gand

AlphaFold prédit structures protéiques avec précision, défi relevé après des décennies.
« Le langage peut reposer uniquement sur le toucher. » Linguiste Jean-Christophe Verstraete, KU Leuven
Le langage tactile des sourds-aveugles possède sa propre phonologie, universelle aux modalités (ouïe, vue, toucher).
« Les papillons tranchent un débat Darwin-Wallace vieux de 150 ans. » Écologue comportemental Hans Van Dyck, UCLouvain

Étude sur papillons européens soutient Darwin : évolution rapide des couleurs mâles explique le dimorphisme sexuel.