Au sommet sur le climat à Doha, la limite de deux degrés Celsius – le réchauffement maximal autorisé de la Terre – est au cœur des débats. Mais que signifient exactement ces deux degrés ?

Au sommet sur le climat à Doha, au Qatar, la limite de deux degrés Celsius représente le réchauffement maximal autorisé de la Terre. Mais que signifient ces deux degrés ?
La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), adoptée en 1992 à Rio de Janeiro, vise à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau empêchant toute interférence anthropique dangereuse avec le climat. Personne ne connaît précisément ce niveau, mais l'intention est claire : éviter un changement climatique incontrôlable.
En 2009, lors du sommet de Copenhague, cet objectif a été fixé à deux degrés Celsius. Cette limite est devenue emblématique. Le sommet de Doha s'articule également autour de ce seuil : la température moyenne mondiale ne devrait pas augmenter de plus de deux degrés par rapport à l'ère préindustrielle (environ 1850-1900).
Pourquoi cette limite ? Au-delà, les conséquences du changement climatique deviennent ingérables. En deçà, l'humanité peut s'adapter avec des dommages limités. Au-dessus, les risques explosent : sécheresses extrêmes, pluies torrentielles, élévation du niveau des mers.
Sensibilité climatique
« C'est une ligne tracée par les décideurs politiques. Des effets existent déjà sous deux degrés. En tant qu'écologiste, deux degrés, c'est beaucoup : nous perdrions les récifs coralliens et les océans s'acidifieraient fortement. Mais du point de vue agricole, c'est peut-être acceptable. » Le professeur Rik Leemans, expert en analyse des systèmes environnementaux, a contribué aux « diagrammes des braises ardentes » du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Ces schémas, comme un feu tricolore, indiquent les risques croissants avec la température. Au-delà de deux degrés, tout vire au rouge.

Diagrammes « braises ardentes » : risques associés à chaque niveau de réchauffement. Au-delà de deux degrés, zone rouge.
Nous avons déjà +0,8 °C. De plus, il y a un effet d'inertie : même sans émissions, la température continue d'augmenter. Pour rester sous deux degrés, la concentration de CO₂ doit être limitée autour de 400 ppm. Au rythme actuel, nous l'atteindrons dans une décennie.
La sensibilité climatique – hausse de température pour un doublement du CO₂ – est estimée par le GIEC à 2,5-4 °C. Des études paléoclimatiques récentes confirment ces modèles.
Dans dix ans
Pour respecter les deux degrés, des réductions drastiques de CO₂ sont impératives dès maintenant, via reboisement, capture de carbone et mesures ambitieuses. « L'espace de manœuvre s'est rétréci. Techniquement et économiquement faisable, mais politiquement ? Si l'inertie persiste, +4 °C d'ici fin siècle est réaliste », avertit Detlef van Vuuren du PBL (Planbureau voor de Leefomgeving).
Sur le papier
À Doha, les émissions mondiales de CO₂ augmentent encore. Le pic devait survenir vers 2020, suivi d'une chute rapide. « Sur le papier, la volonté politique existe, inscrite dans les traités. Mais les dirigeants sous-estiment les efforts requis », regrette Leemans.