Il y a 200 ans, à Gand, un traité de paix historique mais peu connu a été signé entre le Royaume-Uni et les États-Unis.

Le 24 décembre 1814, le Traité de Gand met fin à la Guerre de 1812, confirmant officiellement l'indépendance américaine acquise en 1783 et posant les bases d'une paix durable.
Chaque jour, des milliers de passants arpentent la Veldstraat à Gand sans prêter attention à la plaque commémorative sur le mur du bâtiment du XVIIIe siècle au numéro 47, aujourd'hui occupé par un magasin de vêtements. Inscrite en néerlandais et en anglais, elle rappelle : « Traité de Gand – 1814-1964 ». De juillet à décembre 1814, la délégation américaine menée par John Quincy Adams – futur 6e président des États-Unis – y séjourna lors des négociations avec les plénipotentiaires britanniques, aboutissant à la signature du traité le 24 décembre.
En 1814, ce bâtiment nommé Huis Lovendeghem était une noble résidence aux intérieurs somptueux, idéale pour accueillir une délégation gouvernementale étrangère. À deux pas, sur la Fratersplein, une autre plaque marque l'emplacement du séjour de la délégation britannique et de la salle des négociations, toujours existante bien qu'endommagée par des rénovations. Ces modestes vestiges témoignent d'un événement décisif pour l'équilibre mondial des deux siècles suivants. Remontons aux origines.
La Guerre de 1812
En 1812, l'Empire napoléonien domine l'Europe. Des coalitions, menées par le Royaume-Uni et la Russie, s'opposent à son expansion. En Amérique du Nord, les tensions franco-britanniques persistent : la France avait armé les colons lors de la première guerre d'indépendance (1775-1783) et vendu la Louisiane en 1803 pour contrer les Britanniques.

Juste après la signature du traité, le général Andrew Jackson inflige une défaite cuisante aux Britanniques à la Nouvelle-Orléans (8 janvier 1815). Peinture d'Edward Percy Moran, 1910.
Le Royaume-Uni impose un blocus commercial contre la France, affectant les navires américains neutres. Pire, la Royal Navy impressment des marins américains pour pallier ses pénuries. Excédés, les États-Unis déclarent la guerre le 18 juin 1812, malgré les réticences internes du président James Madison, premier à engager le pays dans un conflit.
Les diplomates américains se plongèrent avec enthousiasme dans la vie mondaine gantoise.
Surnommée la « Seconde Guerre d'indépendance », elle visait à affirmer la souveraineté américaine face à l'ex-puissance coloniale. Une invasion du Canada échoue, Détroit tombe aux mains britanniques grâce aux alliés amérindiens de Tecumseh. Les Américains se distinguent en mer, capturant des navires ennemis, mais subissent l'incendie de Washington en 1814 : Capitole et Maison Blanche sont ravagés en représailles.
Trois semaines plus tard, Baltimore résiste ; le fort McHenry inspire « The Star-Spangled Banner », futur hymne national.

Plaque discrète sur la Veldstraat à Gand depuis 1964, 150 ans après le traité.
Les négociations à Gand
Aucun belligérant ne souhaitait vraiment cette guerre. Dès 1814, des délégations se forment pour négocier en terrain neutre. Gand, récemment libérée des Français, est choisie pour son attractivité bourgeoise et son dynamisme textile.
Les Américains arrivent en juin, menés par John Quincy Adams et Albert Gallatin. Les Britanniques, sous l'amiral Lord Gambier, les rejoignent en août. Les Américains s'intègrent à la vie locale – théâtre, bibliothèque, jeux – contrairement aux Britanniques plus réservés.
Après trois mois, le traité est signé le 24 décembre 1814 : 24 pages rétablissant les frontières antérieures, évoquant la fin de la traite négrière et le respect des Amérindiens.

John Quincy Adams note dans son journal son soulagement et qualifie 1814 d'« année la plus mémorable de [s]a vie ».
Malheureusement, les combats persistent : la nouvelle de la paix met trois semaines à atteindre l'Amérique. La bataille de la Nouvelle-Orléans (8 janvier 1815) voit 2 000 Britanniques tués. Ratifié en février 1815, le traité met fin au conflit.
Qui a gagné ?
Personne, mais les États-Unis confirment leur indépendance, le Canada sa sécurité. Les Amérindiens, alliés britanniques, perdent gros : l'expansion américaine s'accélère, menant à des déplacements forcés tragiques.
Le Traité de Gand instaure une paix durable, pave la voie à l'abolition de la traite esclavagiste et influence l'histoire. Le bicentenaire 2014 est célébré à Gand et aux États-Unis.
Remerciements : Donald Gabriëls, MaRf, JP De Smet, Richard Hanze, Marius Hovens, VZW Traité de Gand.