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Pourquoi Martin Luther a-t-il été condamné ? Analyse historique des origines de la Réforme

L'historienne de l'Université catholique de Louvain, Violet Soen, explore dans les archives du Vatican les bouleversements majeurs qui ont marqué l'Europe et le Nouveau Monde au XVIe siècle.

En 1519, la bulle papale Exsurge Domine offre à Martin Luther une dernière chance de rétracter ses 41 thèses incriminées. En réponse, il adresse au pape son traité Sur la liberté d'un chrétien. L'excommunication s'ensuit inévitablement. L'empereur Charles Quint lui accorde une nouvelle opportunité de se justifier, mais fin 1520, Luther est également banni du Saint-Empire par l'édit de Worms. Il se réfugie à Eisenach pour se consacrer à la traduction de la Bible. Pourquoi Luther a-t-il été condamné ?

Les luthériens jugent la condamnation papale injustifiée, les catholiques pleinement justifiée.

Cette question passionnante nourrit encore les débats entre luthériens et catholiques, tant sur les fondements théologiques que sur les formes de la foi chrétienne. Les luthériens voient l'injustice papale, les catholiques sa légitimité. Souvent inconsciemment, ces discussions contemporaines ravivent le vieux conflit du XVIe siècle.

Les historiens, préférant nuancer les oppositions, s'attachent à une reconstruction précise pour éclairer les raisons de cette condamnation, avec ses particularités propres à l'Église de l'époque. La recherche historique se libère ainsi des jugements moraux sur le "bien" ou le "mal". Laisser le passé en paix est une vertu essentielle.

Il y a des années, j'ai été intriguée par la détermination du pape et des théologiens catholiques à opposer d'abord une résistance académique à Luther, avant de le condamner et de l'excommunier. Cette enquête m'a menée aux archives du Vatican.

Malgré les mythes et théories conspirationnistes popularisés par des auteurs comme Dan Brown, les chercheurs accèdent librement aux documents sur l'affaire Luther. Hélas, beaucoup ont disparu : usure du temps ou non-archivage des brouillons. Retracer la genèse exacte de la condamnation reste ardu, et bien des travaux demeurent à accomplir pour identifier précisément ce qui fut condamné et par qui.

Redessiner la carte du monde

Martin Luther attire tôt l'attention de la Curie romaine, mais l'examen de ses 95 thèses est ralenti par les enjeux politiques. En 1519, les universités de Cologne et de Louvain condamnent plusieurs thèses sélectionnées. Sur cette base, Rome reprend l'enquête : les cardinaux qualifient les propositions d'hérétique. La bulle Exsurge Domine du 15 juin 1520 menace d'excommunication.

Luther refuse la réconciliation dans les 60 jours impartis et brûle publiquement la bulle. Ses adversaires incendient ses ouvrages en représailles. La bulle Decet Romanum Pontificem du 3 janvier 1521 l'excommunie formellement. Charles Quint, à son tour, proscrit Luther par l'édit de Worms en mai 1521.

Les opposants de Luther défendaient la foi chrétienne contre l'hérésie et les divisions ecclésiales. Ses partisans rejetaient l'autorité papale et le disaient incompris. Cette impasse engendre le schisme de l'Église d'Occident, exporté jusqu'au Nouveau Monde.

La première moitié du XVIe siècle redessine la carte politico-religieuse mondiale, un héritage persistant dans nos débats actuels. Blâmer Luther ? Peut-être est-ce là l'unique constat valable.

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