Si un style musical évoque immédiatement les États-Unis, c'est bien le jazz. Pourtant, la Belgique a embarqué très tôt dans cette aventure, avec des performances live, des soirées dansantes, la première histoire du jazz et des figures emblématiques comme Adolphe Sax et le légendaire guitariste Django Reinhardt.
Pour beaucoup, le jazz est un genre nord-américain né à La Nouvelle-Orléans au début du XXe siècle, qui s'est épanoui dans les grandes villes américaines. Les pionniers comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Billie Holiday, Charlie Parker ou Miles Davis en sont les icônes. Les têtes d'affiche des festivals tels que Gent Jazz, North Sea Jazz Festival ou Jazz Middelheim sont majoritairement américains. Mais la Belgique a joué un rôle clé dans cette histoire.
Dès 1851, les Hooley's Minstrels se produisent à Bruxelles. Les spectacles du Far West de Buffalo Bill, entre 1890 et 1906, incluent des minstrels dans plusieurs villes belges. Les affiches mentionnent "un quatuor de nègres, un duo de banjo et plusieurs comiques nègres et excentriques", distribuées à un million d'exemplaires. Le surnom "Buffalo's" des joueurs de football de l'AA Gent viendrait de là. Dès 1900, des artistes minstrels belges émergent.
Les échanges vont dans les deux sens : dans l'orchestre de John Philip Sousa figure le saxophoniste belge Jean Moeremans. Adolphe Sax présente son saxophone à Bruxelles en 1841, visant un son proche des cordes mais plus puissant, idéal pour les orchestres militaires. L'orchestre de Sousa se produit en 1900 au Théâtre de l'Alhambra à Bruxelles. Trois ans plus tard, y résonne le premier ragtime belge, ancêtre du jazz, suivi de compositions comme Toboggan (1907) de Louis Frémaux.

Le jazz arrive via la vie nocturne. En janvier 1920, les Mitchell's Jazz Kings conquièrent Bruxelles à l'Alhambra avec leur leader Louis Mitchell et sa batterie exubérante. Sans disques ni radio grand public, les styles mettent du temps à traverser l'océan, mais des groupes belges comme les Excellos Jazz Five ou le Bistrouille Amateur Dance Orchestra émergent vite, jouant fox-trot et autres danses.
Félix-Robert Faecq, passionné, ouvre l'Universal Music Store en 1925 et organise le premier enregistrement belge avec Chas Remue et The New Stompers. Il édite via International Music Company et lance Musique Magazine (dès 1925 Music), première revue avec rubrique jazz permanente. Robert Goffin publie Aux Frontières du Jazz (1932), première histoire mondiale du jazz.
Avec leur style exubérant, les Mitchell's Jazz Kings conquièrent rapidement le public.
La radio diffuse le jazz via Radio Belgique, puis le NIR avec l'orchestre de Stan Brenders en 1936.

Le Jazz Club de Belgique (1932) et le Hot Club de France inspirent la scène. Django Reinhardt, né à Liberchies, forme en 1934 le Quintette du Hot Club de France avec Stéphane Grappelli, créant Minor Swing et Nuages. Premier guitariste européen à innover, il lance le jazz manouche, influençant René Thomas, Toots Thielemans et Philip Catherine.
La Belgique intègre vite le jazz américain, via saxophone de Sax, histoire de Goffin et guitare de Django. Malgré l'interdiction nazie "Swing Tanzen Verboten", le jazz renaît post-guerre, plus populaire que jamais.
Django Reinhardt, premier guitariste européen à enrichir le jazz naissant.