Le ghosting et être ghosté sont devenus inséparables des rencontres en ligne. Pourquoi adoptons-nous ce comportement ?
Quiconque s’est aventuré dans les applications de rencontres en a probablement fait l’expérience. Au début, on imagine le pire : un accident, une urgence... Mais un coup d’œil sur Instagram révèle une story récente. Verdict : vous avez été ghosté.
C’est presque une épidémie. Même les applications réagissent : Badoo propose des messages de rejet pré-redigés pour réduire le ghosting, tandis que Bumble impose un « serment anti-ghosting ». Reste à voir si cela fonctionne.

Avec deux collègues de l’Université Erasmus de Rotterdam, nous avons interrogé 328 utilisateurs flamands et néerlandais d’applications de rencontres. Les chiffres sont éloquent : 85 % ont ghosté au moins une fois, 63 % ont été ghostés, et 43 % ont vécu les deux. Pas de victimes ou de coupables purs : beaucoup alternent les rôles.
Pourquoi préférons-nous disparaître numériquement d’un simple blocage ? Sommes-nous devenus antisociaux, ou la technologie facilite-t-elle ce phénomène ? Les apps sont-elles conçues pour multiplier les contacts éphémères ?
Pour répondre, nous avons examiné la littérature scientifique, qui classe les stratégies de rupture en sept catégories.
Vous communiquez clairement les raisons de la rupture. Courageux et respectueux, cela aide l’autre à accepter.
Le classique « c’est pas toi, c’est moi » : louanges et auto-flagellation. Risque : l’autre ne comprend pas la fin.
On évite le conflit en espérant que l’autre rompe en premier.
Devenir insupportable pour provoquer la rupture.
Impliquer un tiers pour transmettre le message.
SMS ou changement de statut Facebook au lieu d’un face-à-face.
Ignorer complètement l’autre : le ghosting, observé déjà dans les années 1980.
Bien que pas nouveau, le ghosting explose en ligne. L’anthropologue Ilana Gershon parle d’« idéologies médiatiques » dans The Break Up 2.0 : les normes varient. Pour certains, ghosting après un swipe non concluant est normal ; pour d’autres, c’est impoli.

Le ghosting n’est ni bon ni mauvais : il reflète les usages flous des nouveaux médias.
Certains daters oublient la conversation car ils parlent à trop de personnes ou sont trop occupés.
150 ghosteurs nous ont expliqué : 67 % blâment l’autre (manque d’attraction, comportement indésirable). 44 % s’auto-incriminent (protection émotionnelle, surcharge). Un tiers pointe les apps : anonymat, abondance de profils.
Le ghosting n’est pas toujours intentionnel : supprimer une conversation après un rejet poli laisse l’autre dans le flou.

« Le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais l’indifférence. » Écrivain Elie Wiesel
Ne vous laissez pas aveugler par la technologie : l’indifférence blesse. Cet article, basé sur une étude universitaire, montre que le ghosting relève souvent de facteurs externes. Ce n’est pas toujours votre faute.
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