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Pourquoi négligeons-nous les solutions simples ? La puissance de la soustraction en conception

Nous avons tendance à enrichir les conceptions en ajoutant de nouvelles fonctionnalités, plutôt qu'en supprimant les éléments superflus. Pourtant, la soustraction peut s'avérer bien plus efficace.

Un vélo équipé de roues stabilisatrices a longtemps été l'outil d'apprentissage des générations d'enfants. Aujourd'hui, la draisienne, un vélo sans pédales, les a supplantées. Sur ces engins, les enfants développent naturellement la coordination nécessaire pour pédaler, une compétence bien plus ardue à acquérir avec des roues d'entraînement supplémentaires.

Compte tenu des avantages des vélos d'équilibre, pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour abandonner les roues stabilisatrices ? D'autres exemples illustrent cette résistance au retrait : dans certaines villes, la suppression de feux tricolores et de panneaux rend les rues plus sécurisées, contredisant les principes d'urbanisme traditionnels.

Construire des structures

Les approches minimalistes, qui consistent à retirer des éléments d'un modèle existant, restent rares. Leidy Klotz, ingénieure, et Gabrielle Adams, psychologue sociale à l'Université de Virginie, ont formulé une hypothèse psychologique : face à un problème, nous privilégions les solutions additives plutôt que soustractives.

Pour tester cela, elles ont interrogé plus de 90 participants chargés de créer un motif symétrique en ajoutant ou supprimant des cases colorées. Seulement 18 personnes (20 %) ont opté pour la suppression. Les chercheuses ont aussi analysé 651 propositions soumises à un nouveau recteur d'université : seulement 11 % préconisaient l'abolition d'une pratique ou d'un programme existant.

« Les solutions additives bénéficient d'un statut privilégié »

Adams et Klotz ont conduit huit expériences impliquant plus de 1 500 participants. Par exemple, pour renforcer ou symétriser des structures, retirer des pierres s'avérait optimal, mais la majorité ajoutait des éléments. Sous charge cognitive multitâche, les solutions soustractives disparaissaient. Un entraînement préalable ou un simple rappel augmentait leur adoption.

Plus d'appréciation

« Les solutions additives viennent rapidement à l'esprit, contrairement aux soustractives qui demandent plus d'efforts », note Benjamin Converse, co-auteur de l'étude.

Tom Meyvis, psychologue de la consommation à l'Université de New York, souligne que les ajouts sont souvent mieux perçus. Le biais des coûts irrécupérables y contribue : après un investissement important, il est tentant de persévérer, même si cela n'est plus rationnel.

Les chercheurs espèrent que ces découvertes inciteront ingénieurs, architectes et médecins à explorer les solutions soustractives, trop souvent négligées.

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