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Addiction au shopping : symptômes, causes et solutions efficaces

Les soldes d'été se poursuivent en Belgique jusqu'à la fin du mois. Une période tentante pour les accros du shopping, ces personnes rongées par une envie irrésistible et constante d'acheter.

Addiction au shopping : symptômes, causes et solutions efficaces

Les soldes d'été : un défi pour les accros du shopping

Les accros du shopping ressentent une pulsion incontrôlable d'acheter, sans se soucier vraiment de l'utilité des objets. Où se situe la frontière entre plaisir d'achat et addiction pathologique ?

Lorsque Lies est arrivée au bureau pour la première fois, elle était profondément déprimée. Elle se disputait sans cesse avec son mari à cause de rappels pour factures impayées. Lies dépensait compulsivement en vêtements et accessoires pour la maison. Presque quotidiennement, un objet la séduisait irrésistiblement. L'euphorie post-achat s'estompait vite, mais l'envie persistait. Elle cachait même ses achats à son mari et ses enfants. La cave débordait de boîtes remplies de vases, coussins et chandeliers inutilisés. Lies évitait son relevé bancaire et le courrier, rongée par la honte et incapable d'en parler.

Les accros du shopping ne se soucient pas tant de ce qu'ils achètent, mais de l'acte d'achat lui-même.

Comme pour d'autres compulsions, l'envie devient incontrôlable. Cela commence souvent par un achat réconfortant face à une humeur dépressive ou comme récompense. Mais cela évolue en trouble sérieux nécessitant un traitement : le comportement d'achat pathologique, selon les psychologues.

Ces personnes n'utilisent souvent pas leurs achats, les laissant même emballés. Elles shoppent en secret, oublient leurs achats ou les cachent. Les objets varient : chaussures, sacs, électronique, livres, ustensiles ou aliments. Certains achètent pour les autres, attirés par les compliments des vendeurs ou préférant l'anonymat en ligne.

Quoi qu'il en soit, l'acte d'achat prime. C'est une évasion : focalisés sur l'acquisition, ils fuient émotions négatives et conflits. Aucune distraction n'est aussi efficace, simple et socialement acceptée.

D'autres vivent un pic d'euphorie lors de l'achat, moins intense qu'une drogue mais gratifiant. Ils fantasment admiration pour leur "bon choix".

De l'euphorie à la frustration

Cet effet s'évapore vite : regret, honte et culpabilité reviennent, avec les problèmes refoulés.

Tout le monde cède parfois à l'impulsion, mais l'addiction se distingue par sa fréquence, ses volumes excessifs et son insoutenabilité financière. Les accros minimisent, mentent ou cachent, voire commettent des actes illégaux comme des chèques sans provision.

Dès 1994, la psychiatre américaine Susan McElroy (Université de Cincinnati) a défini des critères diagnostiques pour l'"achat pathologique". Les patients reconnaissent le mal mais ne contrôlent pas leurs impulsions. Le trouble s'installe progressivement sur des années, caché jusqu'à l'explosion des dettes ou une crise conjugale.

Ce n'est pas nouveau : il y a un siècle, Emil Kraepelin décrivait l'"oniomanie" (du grec onios = à vendre), un trouble du contrôle des impulsions.

Malgré son histoire, les recherches sont récentes (années 1990). En Allemagne, 6 % des adultes risquent l'addiction (étude 2005, universités de Hohenheim et Ludwigshafen). Aux États-Unis, près de 6 % (étude 2006, Université de Stanford, Lorrin Koran). Les jeunes sont plus touchés.

L'addiction au shopping s'accompagne souvent d'autres troubles psychologiques.

Souvent vue comme féminine (80-95 % dans certaines études), elle touche autant hommes que femmes globalement. Les achats s'accumulent, créant chaos et nouveaux achats inutiles. Isolement social s'ensuit.

Chez les patients traités, 90 %+ ont un autre trouble mental : dépression/anxiété (80 %), troubles alimentaires ou addictions (1/3). Notre recherche à l'Université d'Erlangen confirme cela.

Est-ce un syndrome autonome ou symptôme ? Pas de réponse claire. Facteurs clés : faible estime de soi, impulsivité, manque de maîtrise. Humeur négative déclenche crises. Contexte capitaliste favorise. Déséquilibres neurochimiques (sérotonine, dopamine) possibles.

Envie irrésistible

Classification : trouble du contrôle des impulsions (comme kleptomanie, jeu) ou addiction comportementale ? Patients persistent malgré conséquences négatives.

Manque de classification freine traitements. Médecins minimisent souvent. Antidépresseurs/SSRI peu efficaces.

Apprendre un nouveau comportement d'achat

Psychothérapie cognitivo-comportementale prometteuse. À l'Université du Dakota du Nord (James Mitchell) et Erlangen (version adaptée), 12 séances identifient déclencheurs, enseignent achats normaux et gestion financière. Test 2008 sur 60 patients : 50 % guéris, mais symptômes résiduels persistent. Perspectives encourageantes.

Astrid Müller, psychologue, dirige recherches sur thérapie comportementale pour accros au shopping à l'Hôpital universitaire d'Erlangen. Actuellement au Neuropsychiatric Research Institute (Fargo).

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Addiction au shopping : symptômes, causes et solutions efficaces Êtes-vous accro aux achats ?

Critères de Susan McElroy (1994) :

* Envie intense et irrésistible d'acheter.
* Achats excessifs par rapport aux moyens.
* Objets inutiles sur longue période.
* Souffrance, altération sociale/professionnelle, problèmes financiers.
* Non limité à phases maniaques.

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Addiction au shopping : symptômes, causes et solutions efficaces

Consultez notre dossier numérique sur les addictions (tablette).

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