Les États membres de l'Union européenne ont prolongé de cinq ans l'autorisation du glyphosate sur le marché. Classé "probablement cancérogène" par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS, cet herbicide controversé reste autorisé pour plusieurs années. Le débat autour de ce pesticide n'a jamais été aussi polarisé. Panorama complet des enjeux.
Retour en mars 2015 : le CIRC classe le glyphosate en groupe 2A, "probablement cancérogène pour l'homme". En novembre, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) conclut à l'absence de cancérogénicité. Depuis, le dossier s'est enrichi de lettres scientifiques, auditions parlementaires, révélations des "Monsanto Papers" et soupçons de conflits d'intérêts. Qui a raison ? Quels risques si l'herbicide persiste sur le marché ?
Le CIRC et l'EFSA n'évaluent pas exactement la même chose. L'EFSA se concentre sur la substance pure glyphosate, tandis que le CIRC inclut les formulations commerciales (Roundup et autres). Le CIRC évalue le danger (capacité à causer le cancer), l'EFSA le risque (probabilité d'exposition nocive). Exemple : un requin est dangereux, mais le risque est faible sur une plage.
Les deux s'accordent sur le danger, mais divergent dans l'interprétation des études. Les scientifiques ont clarifié leurs méthodes, basées sur des données différentes ou lues différemment.
Les recherches portent sur agriculteurs et applicateurs, ciblant le lymphome non hodgkinien (LNH). L'EFSA privilégie l'Agricultural Health Study (AHS, 90 000 sujets US depuis 1990) : aucun lien glyphosate-LNH. Le CIRC met l'accent sur des études cas-témoins montrant des associations, malgré leurs limites (exposition rétrospective imprécise).
L'EFSA ne voit pas de preuves solides de cancérogénicité chez les rongeurs : tumeurs non significatives, doses extrêmes, études incohérentes. Le CIRC y discerne des tendances. Sur les cellules, divergences similaires : doses trop élevées ou mélanges pour l'EFSA.
Les conclusions diffèrent par la pondération des études, y compris celles industrielles (non publiques pour le CIRC).
Groupe 2A du CIRC : preuves limitées chez l'homme, suffisantes chez l'animal. Comme la viande rouge, le travail de nuit ou les teintures capillaires. Pas une mesure d'ampleur du risque (alcool et tabac sont groupe 1, mais impacts variables).
L'EFSA intègre des études mandatées par les producteurs (exigées par la réglementation UE), réalisées en BPL (bonnes pratiques de laboratoire), comparables. Le CIRC se limite aux publications peer-reviewed. Maarten Trybou (Ministère belge Santé) : "Standardisées, ces études industrielles sont fiables et comparables."
Critiques sur BPL : ne garantit pas la pertinence scientifique. La Belgique veut durcir les règles. L'EFSA réanalyse les données brutes.
Révélés lors de procès US, ces documents montrent Monsanto influençant publications (ghostwriting). L'EFSA minimise : liens déclarés, poids limité (sur 700 études), accès aux données originales. Pas d'impact sur l'évaluation globale.
Accusations de plagiat BfR-EFSA : passages repris mais vérifiés et ajustés ; doses ADI bien inférieures aux propositions industrielles.
Traces dans bière, glace : concentrations mille fois sous l'ADI (0,5 mg/kg/jour). Exposition alimentaire <50% ADI (EFSA). Alcool dans bière bien plus cancérogène (groupe 1).
Préoccupation principale : applicateurs professionnels (exposition x1000). Suivi AHS récent : pas de lien LNH, risque leucémie faible/non significatif.
JMPR (FAO/OMS), ECHA, agences US/Canada/Australie : sûr à l'usage. Portier (CIRC) critique les biais méthodologiques.
Politique UE : zéro tolérance pour cancérogènes, contrairement aux US (seuil risque). Portier : interdire par principe. Impacts potentiels faibles (Hauptmann : "cancérogène faible"). Question sociétale : coût vs. 1 cancer/10 ans ?
Glyphosate irremplaçable contre vivaces (maïs, céréales). Alternatives : labour (érosion, CO2↑), machines innovantes, mixes herbicides (EIQ souvent pire). EFSA : faible impact environnemental/toxicologique vs. autres pesticides.
EFSA évalue la molécule ; États membres les produits (140 en Belgique, 25 Roundup). Adjuvants scrutés (ex. POEA interdite). Mesures protectrices possibles.
Environnement/toxicité favorables. Trybou : "Parmi les moins nocifs." Débat scientifique complexe, mais consensus sur faible risque à l'usage.
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