Un coup de tête n'est pas réservé aux Pokémon ou aux footballeurs légendaires : c'est aussi un indice sur l'histoire des girafes. Une étude publiée jeudi dans la revue Science détaille une expédition dans le nord de la Chine, où des paléontologues ont découvert des fossiles de giraffoïdes à cou court, ancêtres des mammifères modernes, qui s'affrontaient en se frappant le crâne.
Leur nom : Discokeryx xiezhi. Ces animaux arboraient des cous très courts. Aujourd'hui, les girafes adultes mesurent environ 1,8 mètre de cou, qu'elles balancent pour défier leurs rivaux et établir leur domination (voir la vidéo ci-dessous). Les nouvelles découvertes suggèrent que cette pratique, appelée « necking », est une adaptation évolutive plus récente.
L'équipe internationale, dirigée par Shi-Qi Wang de l'Académie chinoise des sciences de Pékin, a analysé la structure unique du crâne et des articulations cervicales des fossiles. Des données isotopiques sur l'émail dentaire ont révélé leur mode de vie. Ces ancêtres vivaient au Miocène, il y a environ 16,9 millions d'années, dans des prairies ouvertes, se nourrissant probablement de feuilles basses plutôt que des cimes des arbres.
Au-delà de cette girafe miniature, les chercheurs ont identifié chez les mâles Discokeryx xiezhi une structure osseuse unique : vertèbres cervicales épaissies et une calotte crânienne renforcée de kératine, semblable à celle des taureaux ou béliers actuels. Leurs têtes casquées étaient prêtes à encaisser et à donner des coups puissants.
L'équipe conclut que ce crâne renforcé servait d'arme sexuelle lors de combats entre mâles pour conquérir des partenaires.
« Cela montre que l'évolution de la girafe ne se limite pas à l'allongement du cou », déclare au New York Times Jin Meng, co-auteur et paléontologue au Muséum américain d'histoire naturelle. « Discokeryx a pris une voie totalement différente. »
Ces résultats offrent une explication alternative à l'évolution du long cou des girafes modernes. La théorie dominante évoque la compétition alimentaire pour atteindre les feuilles hautes. Mais la compétition sexuelle aurait favorisé des cous légèrement plus longs pour des coups plus puissants, conférant un avantage nutritif involontaire.
« Il est difficile de départager l'hypothèse de la compétition alimentaire de celle du cou pour le sexe », note Robert Simmons, chercheur à l'Université du Cap, au Live Science. « Les deux ont probablement joué un rôle dans l'évolution de ces animaux fascinants. »