Les chimpanzés pratiquent la « comptabilité émotionnelle » : si un congénère les fait se sentir bien, ils sont enclins à rendre la pareille.


Quelle est l'étendue réelle de l'intelligence animale ? Pleurent-ils un proche disparu ? Peuvent-ils nouer des amitiés ? Les découvertes scientifiques récentes brossent un portrait nuancé des animaux, loin de l'idée de créatures dépourvues d'émotions.
Les chercheurs observant les chimpanzés notent souvent des comportements d'entraide, même au détriment de leurs propres intérêts. Pourtant, les expériences passées peinaient à le démontrer de façon concluante. Une étude de 2008 montrait un désintérêt pour les récompenses accordées à autrui, tandis qu'une autre en 2009 ne détectait pas de principe de réciprocité clair.
Ces travaux ont été critiqués : dans le premier, l'animal testé ne recevait aucune récompense potentielle ; dans le second, la tâche était peut-être mal comprise. Des scientifiques de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutive à Leipzig ont repris l'expérience avec succès.
Dans un protocole bien assimilé par les animaux, un chimpanzé sacrifiant une récompense pour en offrir à un autre était récompensé dans 75 % des cas. Sans sacrifice, ce taux tombait à 66 %, et à 50 % si la nourriture était gratuite.
Les auteurs, publiés dans la revue PNAS, évoquent une « comptabilité émotionnelle » précise chez les chimpanzés : un bon traitement génère un désir de réciprocité. Un autre article du même journal illustre cette coopération chez les chimpanzés de Ngogo, en Ouganda.
Ces mâles patrouillent aux frontières de leur territoire, au risque de leur vie, pour éliminer les intrus rivaux. Les pères de nombreux petits participent plus souvent, profitant d'un territoire élargi. Mais même les mâles sans progéniture s'impliquent, boostant leur succès reproducteur à long terme.