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André Kuipers : les dangers du retour sur Terre après 190 jours dans l'espace

Aucun Européen n'a passé plus de temps dans l'espace que l'astronaute de l'ESA André Kuipers. De retour après un vol record de 190 jours, il a vécu la phase la plus périlleuse : la rentrée atmosphérique, qui a déjà tourné au drame par le passé.

André Kuipers : les dangers du retour sur Terre après 190 jours dans l espace

Les risques d'une mission prolongée

Les missions orbitales durent généralement six mois pour des raisons économiques : les lancements et formations coûtent cher (un siège Soyouz : 50 millions d'euros minimum), et la durée de vie d'un Soyouz est limitée à environ 180 jours. Au-delà de trois mois, l'efficacité des astronautes diminue. Pourtant, les statistiques montrent que le retour est la phase la plus dangereuse : depuis 1961, 11 astronautes sont morts à l'atterrissage, contre 7 au décollage.

Une rentrée impossible ?
Atteindre l'orbite exige une vitesse de 8 km/s (11 km/s pour la Lune). Au retour, cette énergie cinétique massive doit être dissipée. Au XXe siècle, des experts comme Alexander Bickerton (1920) ou J.W. Campbell (1941) la jugeaient impossible. La solution ? La rentrée atmosphérique, qui freine le vaisseau comme un plongeur dans l'eau, sans carburant supplémentaire. Mais cela génère une chaleur extrême, nécessitant des boucliers thermiques avancés (ablatifs puis réutilisables, comme sur la navette).

André Kuipers : les dangers du retour sur Terre après 190 jours dans l espace

Les vols habités sont devenus relativement sûrs, mais le retour reste critique : Challenger a explosé au décollage (1986), mais trois accidents mortels ont eu lieu à l'atterrissage.

Le parachute défaillant

André Kuipers : les dangers du retour sur Terre après 190 jours dans l espace
Le cosmonaute Vladimir Komarov (1967).

Première victime : Vladimir Komarov, en 1967, lors du premier vol habité Soyouz-1. Pressions politiques de la course à la Lune : malgré des tests sans pilote défaillants et un bouclier thermique endommagé, le lancement a lieu. Problèmes en orbite (panneau solaire bloqué), puis échec du parachute à 7 km d'altitude. Komarov s'écrase à 450 km/h près d'Orenbourg. Cause : conteneur de parachute trop petit après renforcement du bouclier.

Fuite d'air fatale
En 1971, Soyouz-11 : après 24 jours sur Salyut-1 (record), la vanne de liaison reste ouverte lors de la séparation. L'air s'échappe en 20 secondes, tuant Georgi Dobrovolski, Vladislav Volkov et Viktor Patsayev en 17 secondes. Faute de formation : un doigt sur la fuite aurait suffi.

Dégâts par la mousse
Le 1er février 2003, Columbia se désintègre à la rentrée. Au décollage (16 janvier), une mousse isolante heurte l'aile gauche à 850 km/h, créant une brèche. Les 7 astronautes périssent : Rick Husband, Kalpana Chawla, William McCool, Michael Anderson, Laurel Clark, David Brown, Ilan Ramon.

Pendant la rentrée, l'air hurle autour de la capsule. Vous entendez, sentez et savez : cela va beaucoup trop vite !

Comme lors de son retour précédent (2004), André Kuipers a dû penser : « Nous nous éloignons de l'ISS, freinage, boule de feu, 4G, sifflements, nausées... Puis le parachute ! Contact ! »

Article du numéro juillet-août du magazine Eos.

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