Le 2 mai, le rover martien Curiosity s'est réveillé de son sommeil imposé par la conjonction solaire, mais la quête de traces de vie s'annonce plus ardue que prévu.
Curiosity est de nouveau opérationnel. Entre le 4 avril et le 1er mai, le Soleil s'est interposé entre la Terre et Mars, interrompant les communications pour éviter tout risque de dysfonctionnement du rover.Au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA en Californie, centre de contrôle du rover, aucune commande n'a été envoyée durant cette période critique. Des signaux déformés par le Soleil auraient pu endommager les systèmes, sans possibilité de réparation sur place.
Pendant ce temps, Curiosity n'a pas été oublié. Sa présence active sur Facebook et Twitter lui a valu un Webby Award pour sa communication sur les réseaux sociaux, rendant la science martienne accessible à un large public.
Cependant, des nouvelles récentes assombrissent les perspectives : une étude suggère que le Mont Sharp, objectif clé du rover, n'aurait pas été formé par un lac ancien, mais par des phénomènes éoliens.
Vent dominant
Après son atterrissage spectaculaire dans le cratère Gale en août 2012, Curiosity progresse vers le Mont Sharp (Aeolis Mons), haut de 5 500 mètres. Ce site a été choisi pour ses sédiments potentiellement déposés par un lac passé, propices à la recherche de matière organique.
Comme l'explique la professeure Anne Glover, biologiste moléculaire : « La surface martienne est hostile aux molécules organiques en raison d'un rayonnement solaire intense non filtré par une atmosphère épaisse. Pour détecter des traces de vie, il faut forer, idéalement dans d'anciens lits aqueux. »
Pourtant, une étude de l'Université de Princeton, menée par Edwin Kite, défie cette hypothèse. Un modèle informatique détaillé montre que des vents diurnes, dus à l'air chaud ascendant, ont expulsé la poussière du cratère, puis l'ont redéposée au centre lors du refroidissement nocturne. Ainsi, sur des millénaires, une montagne se forme sans eau.
Cette théorie s'appuie sur des observations antérieures du Caltech : les strates du Mont Sharp ont une pente de 3 degrés, incompatible avec des dépôts sédimentaires aqueux horizontaux.
Tests à venir
Dawn Sumner, géologue de l'Université de Californie et membre de l'équipe Curiosity, juge ces résultats intrigants. « Les observations au pied du mont testeront cette théorie en cherchant des preuves de dépôts éoliens », déclare-t-elle.
Même si le vent l'emporte, la mission reste cruciale. « Les roches raconteront l'histoire réelle de Mars », insiste Kevin Lewis, co-auteur de l'étude de Princeton. Le cratère Gale fournira des données climatiques inestimables pour les futures missions.
Le voyage vers le Mont Sharp n'est pas simple : après huit mois, neuf kilomètres sur dix restent à parcourir. Des pannes informatiques et des découvertes en route – lits de rivières asséchés, argiles, molécules d'eau – ralentissent la progression, mais enrichissent les analyses.
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