Des scientifiques américains ont réussi à neutraliser les effets du syndrome de Down dans une cellule vivante grâce à un interrupteur génétique innovant.

Une percée majeure dans la recherche sur le syndrome de Down. Chaque année, des dizaines d'enfants naissent avec ce syndrome dans notre pays. Le médecin britannique John Langdon Haydon Down en a décrit les caractéristiques en 1866, inventant initialement le terme "idiotie mongoloïde" en raison des yeux en amande typiques. Ce terme, désormais perçu comme péjoratif, a été remplacé par "syndrome de Down" ou trisomie 21.
Ce nom reflète sa cause : la présence d'une copie supplémentaire du chromosome 21, entraînant une surproduction de protéines qui perturbe le développement. Cela provoque un retard intellectuel, des malformations cardiaques, osseuses et intestinales, ainsi qu'un risque accru de leucémie infantile et de maladie d'Alzheimer dès la cinquantaine.
Le chromosome 21, un défi complexe
Il y a plus d'un demi-siècle, le pédiatre français Jérôme Lejeune a identifié cet excès chromosomique chez les patients. Cependant, transformer cette découverte en thérapie s'est avéré ardu : le chromosome porte au moins 500 gènes produisant des centaines de protéines interagissant de manière complexe pour réguler le développement.
Éliminer ce chromosome supplémentaire dans toutes les cellules reste impossible pour l'instant. La biologiste du développement Jeanne Lawrence et sa collègue Lisa Hall, de l'Université du Massachusetts, ont exploré une alternative : inactiver l'ensemble du chromosome excédentaire, inspirée de l'inactivation naturelle des chromosomes X chez les femmes.
Le gène XIST, clé de l'inactivation
Chez les femmes, l'un des deux chromosomes X active le gène XIST ("X-inactive specific transcript"), qui produit un ARN s'enroulant autour du chromosome pour bloquer la transcription des gènes, évitant une surproduction protéique.
Les chercheuses ont voulu appliquer cette stratégie au chromosome 21 surnuméraire. Elles ont utilisé des cellules souches issues de tissu conjonctif d'un patient trisomique, et inséré le gène XIST sur l'un des chromosomes 21 via une nucléase à doigts de zinc. Cette enzyme artificielle cible précisément une séquence d'ADN, provoquant une double cassure réparée en intégrant le gène XIST.
Résultats prometteurs
La méthode a fonctionné : les gènes du chromosome superflu ont été silencés. Les anomalies typiques, comme la division cellulaire irrégulière et le développement neuronal défectueux des cellules souches vers les neurones, ont disparu. Ces résultats, publiés dans la revue Nature, marquent une avancée significative.
Pour les personnes trisomiques, une thérapie chromosomique directe n'est pas imminente, mais cette recherche éclaire les mécanismes du développement embryonnaire. Les équipes pourront désormais comparer des cellules génétiquement identiques avec ou sans chromosome actif excédentaire. L'équipe teste prochainement la méthode sur des souris trisomiques, ouvrant la voie à de futures thérapies géniques.
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