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La coqueluche fait son retour : l'immunité vaccinale s'estompe et un nouveau vaccin s'impose

La coqueluche connaît une recrudescence alarmante en Belgique et ailleurs, depuis plusieurs années. Selon les experts, l'immunité conférée par les vaccins actuels diminue plus rapidement que prévu, rendant nécessaire le développement d'un nouveau vaccin.

La coqueluche fait son retour : l immunité vaccinale s estompe et un nouveau vaccin s impose

Pic historique en 2012
En 2012, la Belgique a enregistré deux à trois fois plus de cas de coqueluche que les années précédentes. Cette tendance à la hausse persiste dans de nombreux pays. Les spécialistes attribuent cela à une immunité qui s'estompe prématurément.

À l'été 2010, la Californie a vu un nombre alarmant d'enfants diagnostiqués, cinq fois supérieur à celui des six premiers mois de 2009. Le Dr David Witt, spécialiste des maladies infectieuses à San Rafael, a traité de nombreux cas. Initialement, il incriminait la culture anti-vaccinale locale, mais l'extension de l'épidémie à tout l'État l'a poussé à enquêter plus avant.

En analysant les dossiers de 132 enfants de moins de 18 ans diagnostiqués entre mars et octobre 2010, il a découvert que la plupart étaient des enfants vaccinés âgés de 8 à 12 ans. « C'était une surprise totale », confie-t-il. Des études ultérieures ont confirmé que la protection du vaccin acellulaire, plus sûr que l'ancien mais introduit au début des années 2000, s'effrite beaucoup plus vite.

Aujourd'hui, tous les efforts visent à freiner cette progression, sans solution miracle. Aucun nouveau vaccin n'est en développement. Des rappels vaccinaux sont envisagés, mais leur impact reste incertain. Soulever la question est délicat dans un contexte de scepticisme croissant envers les vaccins, pilier de la santé publique.

Un succès mitigé

Avant le vaccin des années 1940, la coqueluche, causée par Bordetella pertussis, était redoutée. Sa toxine endommage les cils pulmonaires, entraînant accumulation de mucus, quintes de toux violentes, convulsions et lésions cérébrales.

Vers 1960, la vaccination systématique des nourrissons aux Pays-Bas et en Belgique a drastiquement réduit les décès : de 200 à un par an aux Pays-Bas, de 50 à un en Belgique.

Cependant, le vaccin à cellules entières, à base de bactéries tuées, provoquait des effets secondaires : gonflements, fièvres élevées, rares encéphalites. Dans les années 1970, Suède et Japon l'ont abandonné. Une étude britannique de 1981, contestée par la suite, évoquait un risque de lésions cérébrales permanentes. En 1982, une émission TV a alimenté le mouvement anti-vaccin aux États-Unis.

La plupart des enfants malades avaient été vaccinés, mais la protection n'a pas tenu assez longtemps.

Les chercheurs ont alors développé un vaccin acellulaire, utilisant des protéines purifiées pour minimiser les réactions. Combiné au tétanos et à la diphtérie (DTPa), il a été adopté aux États-Unis en 1992, en Belgique en 2001 et aux Pays-Bas en 2005. Calendrier : doses à 8-12-16 semaines, rappel à 15 mois ; puis à 4 ans (Pays-Bas), entrée en école primaire et 14 ans (Belgique).

Protection insuffisante

Des doutes planaient dès l'origine sur la durée de protection du vaccin acellulaire. Les épidémies récentes aux États-Unis (Californie 2010, Washington, Wisconsin, Vermont 2012) confirment un pic chez les 8-12 ans. Le Dr Tom Clark des CDC décrit un « phénomène en cascade » tous les 6 à 10 ans post-vaccination.

Les rappels n'ont pas suffi : des adolescents de 13-14 ans ont été touchés. Comparaisons montrent que l'ancien vaccin offrait une meilleure durée de protection, bien que les vaccinés restent mieux protégés que les non-vaccinés.

Cette hausse touche aussi les pays à forte couverture vaccinale depuis les années 1990 : en Flandre, de 14 cas en 1998 à 209 en 2008 ; épidémies triannuelles aux Pays-Bas malgré le passage à l'acellulaire en 2005. Pic record en Belgique en 2012.

« Consensus sur le déclin immunitaire, mais causes sous-jacentes peu connues », explique Frits Mooi, expert au RIVM néerlandais.

Vers un nouveau vaccin ?

« Il nous faut un meilleur vaccin », plaide le Pr Mark Sawyer, de l'ACIP américain. Mais les pharma hésitent : coûts élevés, peu de populations non vaccinées pour tester l'efficacité.

L'ACIP recommande prioritairement les rappels pour femmes enceintes, protégeant les nouveau-nés vulnérables. « Plus de cas attendus, mais mortalité stable et symptômes atténués chez les vaccinés », note Clark. Le vaccin actuel reste précieux pour limiter les formes graves et les coûts.

Exhortation finale : rappels pour adolescents et adultes afin de se protéger et protéger les vulnérables. « Optimisons l'existant en attendant mieux », conclut Sawyer.

Cet article est également paru dans Eos n°11, novembre 2013, et Eos Weekblad.

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