Chaque année, nous gaspillons des millions de tonnes de nourriture, en partie à cause de nos normes strictes de sécurité alimentaire.

Des millions de tonnes jetées
Dans le monde, 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont perdues annuellement. Dans l'Union européenne, cela représente 88 millions de tonnes, soit 173 kg par personne. Les efforts pour réduire ce gaspillage se heurtent souvent à un dilemme entre déchets et sécurité alimentaire. « Il y a des voix qui estiment que nous sommes trop stricts », explique Mieke Uyttendaele, experte en sécurité alimentaire à l'Université de Gand.
Données peu claires
Les dates sur les emballages posent problème. La date limite de consommation (DLC) concerne les produits périssables et indique le dernier jour de consommation sûre. La date de durabilité minimale (DDM, 'à consommer de préférence avant le') porte sur la qualité, sans risque sanitaire après cette date. Beaucoup de consommateurs (près de la moitié, selon les études d'Uyttendaele) ne font pas la distinction, jetant ainsi des aliments encore comestibles.
La même étude révèle des incohérences : le jambon cuit porte parfois une DLC, parfois une DDM, justifiées par des variations en sel ou conservateurs. « Cela déroute les consommateurs », note l'experte. En Belgique, le saumon fumé affiche souvent une DDM, tandis qu'aux Pays-Bas, c'est une DLC en raison du risque listeria – moins sûre, mais moins de déchets. Environ 60 infections à listeria surviennent annuellement. « La solution passe par une meilleure information des groupes vulnérables, comme les personnes âgées, plutôt que par des dates plus strictes. »
Les dates ont un impact psychologique : un produit proche ou dépassé sa date est perçu plus négativement. « Un premier pas : supprimer la DDM sur les produits non périssables, comme les pâtes. »
Image endommagée
En 2015, les banques alimentaires belges ont récupéré 13 000 tonnes, contre 116 000 tonnes perdues dans la distribution en Flandre. Une étude de l'Université de Gand pointe la peur des problèmes de sécurité.
« Les associations caritatives sont fragmentées, avec des bénévoles non formés et des stocks inadaptés », précise Uyttendaele. Les supermarchés craignent pour leur réputation. Aux Pays-Bas, un secteur caritatif structuré et formé inspire plus confiance, réduisant le gaspillage.
Le Fonds Lucien De Coninck organise une après-midi d'étude le 3 décembre : 'Gaspillage alimentaire vs. Sécurité alimentaire'. Plus d'infos sur fondsluciendeconinck.com