Les symptômes d'une crise cardiaque sont souvent difficiles à identifier, même pour un professeur de cardiologie.
"Comment est-ce possible ?" me demande Christine au milieu de la nuit, alors que je lui annonce qu'elle vient de faire un infarctus. Je comprends sa surprise. Beaucoup associent la crise cardiaque aux personnes âgées ou à un mode de vie malsain. "Et maintenant, qu'en pensez-vous ?" lui dis-je. "Je devrais peut-être arrêter de fumer ?" La repentance vient souvent après coup, mais c'est un bon début.
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité chez les femmes en Flandre. Loin d'être une pathologie masculine ou réservée aux seniors et aux fumeurs, une crise cardiaque peut toucher n'importe qui. Bien que leur nombre diminue globalement en Occident, elles augmentent chez les plus jeunes.

Christine, 51 ans et en pleine santé, a eu de la chance. Vers 22 heures, en grignotant des chips sur son canapé, elle se sent soudain mal. "Reste calme, ce sont peut-être les chips", se dit-elle. Mais la transpiration et l'oppression thoracique l'alertent : elle appelle les secours sans tarder.
Trois heures plus tard, à 1 heure du matin, je réalise un cathétérisme urgent. Une partie de son muscle cardiaque est endommagée, mais elle survit grâce à sa réactivité et à notre équipe disponible 24/7. Chaque minute compte : plus de cellules cardiaques meurent à chaque instant perdu.

Une fois à l'hôpital, les chances de survie sont de 90 %. Mais 1 personne sur 3 à 2 décède avant l'admission ou même avant d'alerter quelqu'un (données précises manquantes pour la Belgique). Ma collègue Sofie Gevaert (UZ Gent) montre que la mortalité est deux fois plus élevée chez les femmes, même avec les traitements avancés. Chez les jeunes, l'écart persiste, en partie dû à un âge plus avancé en moyenne, mais aussi à des diagnostics tardifs.

Christine présentait des symptômes classiques : oppression intense au centre de la poitrine, irradiant vers le bras gauche et la gorge. Mais tous ne sont pas typiques. Les personnes âgées, femmes ou diabétiques signalent souvent des douleurs gastriques, nausées, vomissements, transpiration excessive, fatigue ou douleurs dorsales. Pire : certains font un infarctus "silencieux".

Les symptômes atypiques augmentent le risque de décès, car les patients consultent moins et les médecins méconnaissent parfois le diagnostic. Chez les jeunes femmes, les stéréotypes aggravent le retard : on n'imagine pas une crise cardiaque à cet âge.

Les jeunes femmes hésitent aussi à demander de l'aide pour un mal inattendu. Rosie O'Donnell, après son infarctus, a pris une aspirine et s'est recouchée. Elle milite désormais avec le bracelet HEPPP (Halètement, Épuisement, Pression thoracique, Pâleur, Vomissements).
Les stéréotypes touchent tous. Lors d'un congrès à Orlando en 2015, j'ai ressenti une oppression en courant. Le cardiologue en moi a su, mais l'autruche a nié : je ne fume pas, je fais du sport... J'ai continué, voyagé, repris le travail. Ce n'est qu'au bureau, avec transpiration, que j'ai appelé à l'aide. Résultat : un stent, sans infarctus complet. J'ai eu de la chance, mais c'était stupide.

Ne pas réagir est humain. Symptômes atypiques ou déni : le résultat est un risque fatal accru. Sensibilisation, prévention et recherche sont clés pour réduire la mortalité pré-hospitalière.
Campagnes de la Ligue belge de cardiologie, gouvernements et mutuelles aident. Chantez HEPPP ! Prévention individuelle : exercice, fruits/légumes, non-fumeur, poids contrôlé. Sociétal : interdictions (tabac, sodas), remboursement sport, vélo au travail, dépistage HTA/cholestérol. En cas de doute, consultez un expert : chaque minute compte.
Investissons dans la recherche préventive cardiovasculaire, trop délaissée. Pensez à Christine. Soutenez les chercheurs passionnés.
(Source : Blogs KU Leuven)
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