La biologiste moléculaire Antonella Fioravanti a brisé le mythe de l'invincibilité de la bactérie Bacillus anthracis, responsable du charbon. Elle ouvre ainsi de nouvelles perspectives contre les bactéries multirésistantes. Pour cette recherche révolutionnaire, elle reçoit l'Eos Pipette 2020, en collaboration avec la Jeune Académie.
Antonella Fioravanti (VUB-VIB) étudie un pathogène redoutable : Bacillus anthracis, la bactérie à l'origine de la maladie du charbon. Notoire pour sa résistance exceptionnelle, elle représente une menace pour la santé humaine et animale, et un potentiel agent de bioterrorisme. L'inhalation provoque des symptômes grippaux qui évoluent rapidement vers des hémorragies internes et externes, pouvant entraîner la mort en quelques jours.
Des traitements contre le charbon existent, mais leur efficacité est limitée. Aucun vaccin sûr n'est disponible. La bactérie est protégée par une armure protéique ultra-résistante, la couche S, qui repousse les antibiotiques et trompe le système immunitaire. Découverte dans les années 1950, cette structure a stagné la recherche jusqu'au début des années 2000, où une cartographie microscopique a révélé son organisation en gel protéique, insensible aux interventions biochimiques.
Fioravanti a relancé les recherches en analysant la structure de cette armure via la cristallographie aux rayons X. Elle a innové avec les nanobodies, de petits fragments d'anticorps issus du sérum de camélidés. « Nous avons adapté ces nanobodies pour qu'ils se lient aux protéines de la couche S et bloquent leur production. Résultat : l'armure s'effondre, emportant la bactérie avec elle. »
Cette recherche pourrait mener à des traitements pour d'autres infections bactériennes et virales.
Des tests sur des souris infectées ont montré des résultats spectaculaires : tous les animaux ont guéri. En juillet 2020, cette avancée a été publiée dans Nature Microbiology. Fioravanti affine actuellement le traitement et explore d'autres pathogènes à armure similaire, comme des bactéries hospitalières multirésistantes.
Le jury de l'Eos Pipette 2020 a salué l'approche innovante de Fioravanti pour une thérapie antibactérienne. « Un résultat exceptionnel, non seulement contre le charbon, mais aussi pour d'autres bactéries cuirassées multirésistantes. À terme, cela pourrait révolutionner le traitement des infections nosocomiales. »
Dans un message vidéo, Antonella Fioravanti a réagi à sa victoire : « Être nominée pour mes travaux sur le charbon était déjà un honneur. Remporter l'Eos Pipette 2020 est une reconnaissance immense pour ma recherche. »
C'est la première fois qu'un scientifique non belge remporte ce prix. « Italienne d'origine, la Belgique est ma maison depuis six ans. Ici, j'ai réalisé le rêve d'étudier cette bactérie emblématique et de développer un traitement contre le charbon. »
Elle évoque aussi la crise du Covid-19 : « Cette période historique nous enseigne que la recherche sur les maladies infectieuses doit être prioritaire, avant qu'elle ne devienne une urgence. »
La Pipette récompense, via la rédaction d'Eos et la Young Academy, un jeune chercheur prometteur en Flandre. Un jury scientifique et journalistique, présidé par le professeur émérite Willy Verstraete (UGent), a sélectionné cinq nominés et le lauréat. Les lecteurs d'Eos Science ont voté pour le Prix du Public.
Jasper Van Assche (UGent) a obtenu le plus de votes au sondage public de l'Eos Pipette 2020. Ce psychologue étudie les attitudes envers la diversité ethnique, souvent négatives chez certains Flamands, et propose des solutions pour les changer.
En savoir plus sur ses recherches
Dans un message vidéo, Jasper Van Assche remercie : « Je suis surpris et honoré par ces votes. C'est une reconnaissance pour la psychologie sociale. »
« Ce prix m'oriente vers l'avenir : comprendre l'impact de la diversité ethnique et développer des interventions pour une société multiculturelle réussie. J'espère obtenir une bourse pour cela. »