Le nom « remdesivir » a fait les gros titres ces dernières semaines. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Et quel est son mode d'action ?
Depuis début mai 2020, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a autorisé l'utilisation du remdesivir pour les patients hospitalisés atteints de COVID-19 sévère (COronaVIrus Disease 2019). Les premiers résultats d'essais cliniques indiquent que ce traitement accélère le time to recovery de 31 % chez ces patients. Ce terme désigne le délai nécessaire pour qu'un patient sorte de l'hôpital ou n'ait plus besoin de soins intensifs [1]–[4]. En clair, une récupération plus rapide.
Cette approbation relève d'une autorisation d'utilisation d'urgence (EUA) provisoire, limitant son usage à des cas strictement définis. Des études supplémentaires évaluent la dose optimale, la durée du traitement et les effets secondaires potentiels [2].
Quels patients sont concernés ?
La COVID-19 « sévère » vise les patients nécessitant une ventilation mécanique invasive et/ou une oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO), un dispositif externe soutenant les fonctions cardiaque et pulmonaire [2]. À la différence de la FDA, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a élargi, le 11 mai 2020, son usage aux formes moins graves, incluant ventilation non invasive (masque) ou oxygène supplémentaire (lunettes nasales) [5].
Comment fonctionne le remdesivir ?
Pour se répliquer, les virus copient leur matériel génétique via des protéines comme les « polymérases ». Le SARS-CoV-2 utilise une ARN polymérase dépendante de l'ARN (« ARN » pour acide ribonucléique) [6]. Cible idéale pour les antiviraux, cette enzyme est aussi présente chez Ebola, expliquant l'action large du remdesivir [7].
Administré par voie intraveineuse, le remdesivir est un promédicament activé dans l'organisme. Il mime un nucléotide, incorporé par erreur dans le génome viral par la polymérase, bloquant ainsi la réplication [7]–[9].
Les virus contrecarrent parfois ces effets via des exoribonucléases de relecture, qui éliminent les nucléotides défectueux [10]. Des recherches approfondies sur l'efficacité, la sécurité et les résistances sont en cours. L'EMA et d'autres organismes surveillent en continu les données pour garantir la sécurité des patients [11].
Références :
[1] « Un essai clinique du NIH montre que le remdesivir accélère la récupération du COVID-19 avancé | NIAID », lien (9 mai 2020).
[2] « Gilead : autorisation d'urgence pour remdesivir », lien (9 mai 2020).
[3] « Résultats phase 3 Gilead remdesivir COVID-19 sévère », lien (9 mai 2020).
[4] Y. Wang et al., « Remdesivir in adults with severe COVID-19 », The Lancet, doi:10.1016/S0140-6736(20)31022-9.
[5] « EMA étend usage compassionnel remdesivir », lien (12 mai 2020).
[6] C.J. Gordon et al., « Remdesivir inhibe ARN polymérase SARS-CoV-2 », Journal of Biological Chemistry, doi:10.1074/jbc.ra120.013679.
[7] E.P. Tchesnokov et al., « Mécanisme inhibition Ebola par remdesivir », Viruses, doi:10.3390/v11040326.
[8] M. Wang et al., « Remdesivir inhibe 2019-nCoV in vitro », Cell Research, doi:10.1038/s41422-020-0282-0.
[9] W. Yin et al., « Structure inhibition SARS-CoV-2 par remdesivir », Science, doi:10.1126/science.abc1560.
[10] M.L. Agostini et al., « Sensibilité coronavirus à remdesivir », mBio, doi:10.1128/mBio.00221-18.
[11] « EMA rolling review remdesivir COVID-19 », lien (10 mai 2020).
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