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De la morve à un spray nasal probiotique : une avancée prometteuse contre la sinusite chronique

"Un pot plein de morve comme cadeau de mariage idéal pour Ilke ?" Une idée surprenante, mais c'est de ce mucus que nous avons isolé des bactéries bénéfiques, avec un fort potentiel thérapeutique pour la sinusite chronique.

Quelques jours avant mon mariage, j'ai récolté des échantillons lors d'une intervention chirurgicale des sinus à l'hôpital universitaire d'Anvers (UZA). Ces tissus et mucus nasaux, communément appelés "morve", ont été analysés en profondeur. Durant mon doctorat, j'ai passé de nombreuses heures en salle d'opération pour étudier le microbiote nasal : quelles bactéries y résident, leurs fonctions, et les différences entre personnes en bonne santé et patients souffrant de sinusite chronique. Ces derniers, souvent résistants aux antibiotiques, endurent un nez bouché et des maux de tête persistants. Mon second objectif : tester des probiotiques nasaux à base de bactéries saines pour les soulager. Ces produits n'existaient pas encore.

Nous avons changé cela grâce à une collaboration interdisciplinaire entre bio-ingénieurs, ORL et chercheurs pharmaceutiques. Nous avons développé un spray nasal contenant des bactéries bénéfiques du nez, prometteur pour la sinusite chronique. Avant tout essai clinique, sa sécurité a été validée chez 20 volontaires sains sur deux semaines, avec succès.

De la morve à un spray nasal probiotique : une avancée prometteuse contre la sinusite chronique

À la quête d'un nez sain

Pour identifier ces bactéries, nous avons recruté des volontaires sains via le portail Eos "Everyone Scientist", un projet de science citoyenne. La presse a amplifié l'appel malgré des titres accrocheurs comme "UA récupère la morve contre la sinusite". Résultat : 100 bénévoles ! Un ORL a prélevé du mucus nasal avec un écouvillon (similaire à ceux pour le Covid-19). L'ADN bactérien extrait a révélé le microbiote de chacun.

"Le bien" contre "le mal" ?

Nous avons comparé nez sains (100 volontaires) et malades (200 patients des UZA et KU Leuven). Différence majeure : les lactobacilles, bactéries lactiques présentes dans les yaourts et probiotiques, étaient rares chez les patients. Selon l'OMS, les probiotiques sont des micro-organismes vivants conférant un bénéfice santé à l'hôte en quantité adéquate.

Faut-il mettre du yaourt dans le nez ?

Pas pratique ! Les probiotiques intestinaux ne conviennent pas au nez. Nous avons isolé des lactobacilles de nez sains, difficiles à cultiver. Notre souche star, Amber 2 (du labo AMB-R, respiratoire), produit des antibiotiques naturels, réduit l'inflammation et adhère au tissu nasal grâce à ses fimbriae. Elle a survécu dans le nez des 20 testeurs.

De la morve à un spray nasal probiotique : une avancée prometteuse contre la sinusite chronique

Visualisation microscopique d'Amber 2 : ses projections favorisent l'adhésion au tissu nasal.

La cerise sur le gâteau

Grâce à cette équipe exceptionnelle, notre spray probiotique ouvre des perspectives pour la sinusite et d'autres pathologies respiratoires. Nous préparons des essais cliniques via une spin-off pour lever des fonds. Les patients enthousiastes attendent ces avancées.

Ilke De Boeck est nominée pour la Flemish PhD Cup. Découvrez ses recherches sur www.phdcup.be


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