Le cycle menstruel commence vers 12 ans et s'achève autour de 50 ans. En tenant compte des interruptions dues à la grossesse et l'allaitement, une femme occidentale moyenne subit environ 450 menstruations, soit près de 2 000 jours de saignements.
Pourtant, de nombreuses femmes en sont épargnées ou en souffrent gravement. Selon une étude néerlandaise, près de 80 % des femmes connaissent des troubles menstruels : douleurs intenses, saignements abondants ou déséquilibres hormonaux affectant le physique et le mental. Chez les adolescentes de 13 ans, 40 % rapportent des règles douloureuses, entraînant des absences scolaires pour 12,5 % d'entre elles. Un nombre équivalent manque parfois de moyens pour acquérir des protections hygiéniques.
Les pathologies liées au cycle sont alarmantes. 10 % des femmes souffrent d'endométriose, provoquant douleurs extrêmes et infertilité. Autant sont touchées par le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) ou l'adénomyose, avec risques de troubles de fertilité et règles abondantes. L'anémie est quatre fois plus fréquente chez les femmes. 25 % connaissent le syndrome prémenstruel (SPM), avec maux de tête, dos, irritabilité ou fatigue invalidants, parfois jusqu'à des idées suicidaires.
« Dans mon monde idéal, les femmes n'auraient leurs règles que quelques fois. » Sophia Yen (Stanford Medical School)
Face à ces chiffres, le gynécologue sud-africain Norman Goldstuck, dans une publication scientifique majeure, plaide pour la suppression du cycle menstruel via contraception hormonale comme la pilule. Sans menstruations, de nombreux troubles disparaissent. Il évoque aussi un lien indirect avec le cancer via inflammations récurrentes. Sophia Yen (Stanford) renchérit : interrompre le cycle cinq ans pourrait diviser par deux les cancers ovariens, comme le montre l'effet protecteur de la pilule ou de la grossesse.
Mais est-ce naturel ? Les menstruations signalent-elles une bonne santé ? Le corps doit-il "se purger" mensuellement ? Les femmes en ont-elles toujours eu autant ?
Les règles existent depuis des millénaires, même chez les primates. Mais des saignements mensuels constants ? Non chez nos ancêtres, enceintes plus souvent, allaitant longtemps, ou en période de famine/stress supprimant l'ovulation.
Goldstuck cite les !Kung du Kalahari, vivant comme nos aïeux sans contraception : enfants espacés de 4 ans (4-5 par femme), allaitement jusqu'à 3 ans. Résultat : bien moins de règles qu'aujourd'hui.
« Vous saignez tous les mois ? Nos ancêtres ne l'ont pas fait. » Norman Goldstuck
Vivre ainsi est irréaliste aujourd'hui, et la grossesse comporte des risques. La solution : contraception hormonale (pilule, patch, anneau) supprimant ou minimisant les saignements. La "semaine d'arrêt" est optionnelle.
Tout le monde sous pilule ? Non. Les hormones synthétiques ont des effets positifs et négatifs : 10-15 % des utilisatrices signalent dépression, baisse de libido, risque accru (léger) de cancer du sein ou thrombose. Les recherches à grande échelle manquent. Bonne nouvelle : la pilule Estelle (Mithra, Belgique), autorisée en Europe, utilise des œstrogènes naturels fœtaux, avec moins d'effets secondaires.
"Les menstruations doivent devenir un choix", insiste Sophia Yen. "Idéalement : seulement les 2 premières années d'adolescence et les mois de conception souhaitée."
Les médecins devraient informer sur cette option, ses avantages (soulagement des troubles) et inconvénients, sans pression. Supprimer le cycle n'est ni contre-nature ni malsain : c'est un choix informé.
Liesbeth Gijsel est rédactrice en chef d'Eos Psyche&Brain et créatrice du podcast Period sur les menstruations.
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