FRFAM.COM >> Science >> Santé

Qui sont les auteurs de viols collectifs ? Profils, motivations et dynamiques de groupe

Les viols collectifs par bandes font de plus en plus la une des journaux. Qui sont vraiment ces auteurs et comment en arrivent-ils à commettre une infraction aussi grave ?

Qui sont les auteurs de viols collectifs ? Profils, motivations et dynamiques de groupe

Des viols collectifs de plus en plus audacieux font la une des médias. Bien que cette violence extrêmement brutale en Inde, au Brésil et en Égypte n'attire l'attention mondiale que récemment, les chercheurs l'étudient depuis longtemps. Qui sont ces auteurs et comment en arrivent-ils à une telle extrémité ?

L'un d'eux prétend n'avoir pas participé. « C'était une fille du quartier », raconte-t-il. « Elle avait passé du temps au Cap. À son retour, elle était devenue rebelle et insolente, surtout envers les hommes. Les garçons ont alors ourdi un plan : ils ont versé du liquide de frein dans sa boisson, puis 11 d'entre eux l'ont violée. Elle était tellement sédatée qu'elle n'a rien remarqué. » Il évite le terme « violée », préférant « simplifiée », euphémisme courant en Afrique du Sud pour décrire l'agression collective d'une femme.

Cette histoire provient de Rachel Jewkes, directrice du South African Medical Research Council. Avec ses collègues, elle a interrogé 3 500 hommes du Cap, du KwaZulu-Natal et du Gauteng sur leurs expériences de viols collectifs. Bien que médiatisés récemment dans certains pays, ces actes sont étudiés depuis des décennies.

Un cas sur trois visait à punir des femmes jugées avoir enfreint les normes sociales.

En Afrique du Sud, 7 à 20 % des hommes ont participé à des viols collectifs, directement ou comme complices. Ce phénomène existe partout : clubs sportifs, fraternités étudiantes, guerres, prisons, armées, gangs, fêtes, maisons ou rues.

En Allemagne, les statistiques officielles indiquent que 6,5 % des viols et agressions sexuelles sont commis par groupes (voir encadré, p. 55). Les auteurs sont majoritairement de jeunes hommes et adolescents de tous milieux ; parfois des femmes participent. Les victimes sont souvent de jeunes femmes peu ou pas scolarisées.

Dérive et pouvoir

Quelles motivations ? Contrairement à l'idée reçue d'une simple satisfaction sexuelle, le contrôle est central, explique la psychologue médico-légale Miranda Horvath (Middlesex University London). En 2013, avec Jessica Woodhams (Université de Birmingham), elle a synthétisé la recherche dans un manuel : « Le viol collectif renforce la domination et le pouvoir sur la victime. »

Souvent, il s'agit de punir : un cas sur trois dans l'étude de Jewkes concernait des femmes « déviantes » selon les auteurs – comportement ou tenue jugés inadéquats. Un exemple : un jeune homme, jaloux, a fait agresser sa petite amie par dix complices ; elle en est morte.

Pour beaucoup, c'est une façon de se prouver « dur » dans le groupe. Karen Franklin (Alliant International University, San Diego) a analysé 25 cas aux États-Unis et en Australie : souvent lors de fêtes ou événements sportifs, avec un schéma récurrent – séduction, drogue/alcool, puis agression collective, humiliation, parfois filmée.

Ces actes célèbrent la masculinité, renforcent la cohésion de groupe, comme un « sport d'équipe », selon Franklin. La compassion est taboue dans ces milieux hypermasculins.

Dynamique de groupe fatale

Comme dans les émeutes ou hooliganismes, la désindividuation supprime les inhibitions, note Woodhams. Les multirécidivistes s'entretiennent dans l'escalade. Un leader émerge souvent, initiant l'acte ; parfois la décision est collective.

Les traits psychopathiques ou antisociaux sont plus fréquents chez les meneurs, bien que sous-étudiés.

Pour les femmes impliquées, la violence est souvent une autoprotection dans les gangs.

Des femmes participent : elles attirent ou aident lors d'agressions. Carlene Firmin (University of Bedfordshire) a interrogé plus de 500 femmes au Royaume-Uni : participer les protège d'agressions internes, mais au prix d'un coût psychologique élevé.

Victimes doubles

Les blessures physiques et psychologiques sont plus graves. Sarah Ullman (University of Illinois at Chicago) montre un risque accru de TSPT, auto-accusations et rejet social/policier. Les victimes sont souvent revictimisées : soupçons de consentement, protection mutuelle des auteurs.

Malgré les travaux de Horvath et Woodhams, les données manquent. 2 à 30 % des viols sont collectifs dans les pays étudiés, mais les stats officielles sont imprécises. Un réseau international vise à mieux cartographier le phénomène.

Qui sont les auteurs de viols collectifs ? Profils, motivations et dynamiques de groupe
[]